Entretien

« Vous n’avez pas besoin d’en savoir beaucoup sur le vin pour l’apprécier ! »

S’il ne tenait qu’à Tanisha Townsend, la multitude de plaisirs inhérents au vin – production, dégustation et partage – serait un jour exempte de tout jugement et accessible à tous. A travers l’enseignement, l’écriture et son podcast Wine School Dropout, cette native de Chicago, Parisienne d’adoption et fondatrice de Girl Meets Glass, s’engage dans cette mission. Ainsi, elle se positionne comme la voix non seulement des consommateurs de vin étrangers, mais aussi des futurs professionnels BIPOC (personnes noires, autochtones ou de couleur).
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France-Amérique : Vous avez travaillé dans l’informatique et cybersécurité aux Etats-Unis avant de vous consacrer au vin à plein temps. Qu’est-ce qui vous a convaincue que le secteur du vin était un bon choix de carrière ?

Tanisha Townsend : Je savais que je m’engageais dans la bonne voie parce que je ne cessais d’avoir des occasions de voyager, de faire des dégustations, de participer à des événements et d’apprendre – autant d’occasions qui ne se présentaient pas dans l’informatique, un secteur dans lequel je travaillais depuis des années. Lorsque j’ai été acceptée dans le programme de formateur en vin du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, je me suis rendue en Bourgogne pour étudier pendant une semaine avant même d’avoir des certifications ! C’est à ce moment-là que j’ai su que le secteur offrait des débouchés autres que ceux de sommelier ou de vigneron, et que je pouvais vraiment m’y faire une place.

Le secteur du vin reste très fermé et dominé par les hommes, en particulier en France. Comment avez-vous réussi à vous y faire malgré tout une place ?

J’ai noué de nombreux contacts lors d’événements, de conférences et de séminaires en Europe avant de m’y faire une place. Etant dans un autre pays, je me suis fait un devoir d’assister au plus grand nombre possible de ces rendez-vous. En France, la communauté est encore très difficile d’accès et je ne suis pas sûre d’en faire partie. Mais mon champ d’action est plus large : j’enseigne le marché du vin, le commerce international et l’import-export dans plusieurs universités, principalement à des étudiants français. Mais le public en ligne pour mon cours sur le vin est composé d’expatriés. Producteurs et vignerons sont très fans, car pour certains d’entre eux, c’était la pièce manquante. Une fois que j’ai compris que c’était mon point fort, j’ai pu m’y épanouir.

Il y a des gens qui aiment le vin mais qui ne peuvent pas en parler ou s’impliquer davantage, parce que cela leur semble inaccessible. Selon vous, quelles sont les obstacles concernant le monde du vin et comment travaillez-vous à les faire tomber ?

Les gens pensent qu’ils doivent en savoir beaucoup sur le vin pour l’apprécier, qu’il faut être capable de parler longuement des caractéristiques d’un vin et des vignobles lors d’une dégustation. A mon avis, ce n’est pas nécessaire ! Lorsqu’on déguste un gin tonic, on ne s’attarde pas sur les pointes d’agrumes ou de lavande. On le boit simplement ! Lorsque je parle de vin aux gens, je leur dis que je veux qu’ils apprennent quelques phrases utiles pour commander du vin dans un restaurant ou chez le caviste. Quelques termes à propos du goût, de la saveur et des aliments avec lesquels ils prévoient de l’associer sont essentiels.

Quelle est la chose la plus surprenante que vous ayez apprise sur un vin ou une région viticole en particulier depuis que vous vivez et travaillez en France ?

Je suis surprise par l’influence du terroir sur le vin. Comment le sol, la température, les précipitations et l’ensoleillement impactent un vignoble d’une certaine manière, alors que les vignes situées juste de l’autre côté de la route, pour ainsi dire, peuvent avoir un goût différent en raison de ces mêmes facteurs. C’est en vivant en France et en ayant l’occasion de goûter beaucoup de vins et de visiter toutes les régions viticoles que j’ai pu me faire une idée précise de la spécificité d’un terroir.

La deuxième saison de votre podcast, Wine School Dropout, a mis en lumière les histoires de personnes noires, autochtones ou de couleur qui travaillent dans le secteur du vin à travers le monde. Qu’avez-vous retenu de leurs expériences ?

Il y a tellement plus de diversité dans le secteur que les consommateurs ne le pensent ! Et il y a tant de voies différentes pour accéder au vin. Grâce à internet et aux réseaux sociaux, il existe aujourd’hui des emplois qu’on ne soupçonnait pas il y a cinq ans. Travailler dans le vin, ce n’est pas seulement être sommelier ou vigneron. Ces discussions ont également montré que si nous n’avions personne à admirer dans le secteur avant de nous engager, nous sommes déterminés à être cette personne pour les futurs professionnels du vin du monde entier.

Des conseils de dégustation ?

Gardez le vin en bouche pendant quelques secondes avant de l’avaler. Pensez vraiment à ce que vous goûtez, à la sensation du vin sur votre langue. Pensez aux fruits, aux épices ou aux arômes qu’il dégage. Si quelque chose vous déplaît, demandez-vous pourquoi ! Réfléchissez à la raison pour laquelle vous n’aimez pas. A l’avenir, cela vous aidera à choisir un bon vin.


Entretien publié dans le numéro d’octobre 2021 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

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