Subscribe

Walls and Bridges: nouveaux visages de l’ennemi

Le festival « Walls and Bridges » a proposé, au cours d’une table ronde à la New York Public Library, samedi 29 janvier, une réflexion à quatre voix entre chercheurs français et américains sur la fabrication de l’ennemi. Un thème porteur dans l’Amérique post-11-Septembre.

Il n’existe pas de définition universelle de l’ennemi. Fort de ce constat, les quatre chercheurs, français et américains invités à débattre samedi 29 janvier sur « Les nouveaux visages de l’ennemi » se sont accordé à faire de l’adversaire un outil privilégié de propagande guerrière, sans toutefois parvenir à s’entendre sur ce qui fait la nouveauté de ces visages.

Pour le chercheur Grégoire Chamayou, l’une des caractéristiques de l’ennemi moderne réside justement dans cette absence de visage. Un propos que le philosophe français a illustré par la référence aux « corps sans visage » des prisonniers de la prison d’Abou Graib. « Faux ! », a rétorqué Philip Gourevitch, expert en la matière, qui a rappelé au souvenir de chacun la polémique entourant la publication de photos des prisonniers irakiens torturés, largement médiatisées. « Certaines de ces photos comportaient même de gros plans sur ces visages », a poursuivi ce spécialiste d’Abou Graib.

Scott Atran, professeur adjoint de psychologie et d’anthropologie à l’université du Michigan et spécialiste, au CNRS, de la mécanique des attentats suicide, a dénoncé la diabolisation des nouveaux ennemis et l’aspect « irrationnel » de la guerre contre un adversaire au visage « flouté » et le recours à l’image de l’adversaire comme justification de la domination de l’autre par la guerre. «La guerre de civilisations n’existe pas», a-t-il clamé haut et fort.

Enfin, Ariel Colonomos, expert sur la question des guerres préventives, a souligné la continuité de l’imaginaire de l’ennemi, depuis les pirates jusqu’aux terroristes d’aujourd’hui. La véritable nouveauté, selon lui, résiderait plutôt dans l’apparence de « légalité » de la guerre. Le débat s’est achevé sur une note plus positive, à travers la possibilité de l’apparition d’une logique fraternelle alternative. « Pourquoi me battre contre un ennemi quand celui-ci peut devenir mon ami ? », s’est interrogé Philip Gourevitch en guise de conclusion.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related

  • Natalie Dessay se livre à New YorkNatalie Dessay se livre à New York La cantatrice française, révélée en 1992 dans le rôle d'Olympia des Contes d'Hoffmann, joue actuellement une bouleversante Lucia di Lammermoor au Metropolitan de New York. Elle expliquera […] Posted in Culture
  • « Faux départ »: une comédie en français à Houston« Faux départ »: une comédie en français à Houston La troupe de théâtre franco-espagnole Et voilà Théâtre, basée à Houston, donnera en mars plusieurs représentations de la pièce « Faux départ », de Jean-Marie Chevret. Depuis 2000, Et voilà […] Posted in Culture