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Wax Tailor : tailleur de sons sur mesure

La galette est à peine sortie du four que Jean-Christophe Le Saoût, alias Wax Tailor, taille déjà le bitume américain pour une série de concerts. Sorti le 22 septembre aux États-Unis, son troisième album, In the mood for life, mêle avec brio l’énergie du hip-hop au spleen du trip-hop avec un zeste de soul pour relever le tout. À l’occasion de son concert vendredi soir à San Francisco, le DJ/compositeur/metteur en son français a bien voulu nous parler de ses aspirations et de sa relation aux États-Unis.

À l’heure du tout numérique, vous sortez votre dernier album In the mood for life dans un format assez inédit : le cd-vinyl… C’est un côté old school qu’on retrouve dans votre musique, êtes-vous un nostalgique ?
Wax Tailor : (Rires) On peut dire ça comme ça. C’est mon côté old school et c’est aussi parce que j’ai toujours défendu le vinyl. C’est le support noble par excellence. Et puis j’ai un lien affectif avec ce format. C’est plus un clin d’œil parce que je sais bien que ce n’est pas le format du futur, vu qu’il y a très peu de place sur un vinyl. C’était aussi une question d’originalité, parce que ça n’avait pas été fait avant. C’était un moyen de faire parler, non seulement de l’album, mais aussi du format vinyl.

Le titre de votre dernier album est une référence à Wong Kar-wai ?
C’est un clin d’œil à Wong Kar-wai, mais à un deuxième niveau de lecture. C’est avant tout le reflet d’un état d’esprit dans lequel j’étais à l’époque. On m’a interpellé sur le côté gai du titre, mais pour moi, c’était surtout combatif. C’était l’idée qu’il ne faut pas se résigner. Je dois faire partie de la caste des naïfs qui croient encore que l’on peut changer les choses en luttant un peu tous les jours.

On qualifie souvent votre musique de cinématique ou de cinématographique. Vous avez concrétisé cet aspect de votre musique en collaborant à la bande originale du film de Cédric Klapisch Paris, est-ce que vous avez d’autres projets de ce type en vue ?

J’ai eu pas mal de propositions de collaborations sur des films. Mon problème, c’est qu’il n’y a que 24 heures dans une journée ! À l’heure actuelle, je ne pourrais pas mener ça à bien, mais c’est vraiment quelque chose qui m’intéresse à terme. J’avais aussi travaillé sur la BO de Voyage au Tibet Interdit en 2005 mais c’était un documentaire déjà fini. La prochaine fois, j’aimerais pouvoir travailler sur un projet plus en amont.

Vous avez commencé la tournée depuis 15 jours, le passage du studio à la scène vous paraît concluant ?
En fait, c’est un peu une continuité. Quand je termine un album, je ne me dis pas que c’est fini, ce n’est qu’une première étape. Le passage à la scène, c’est la continuation du travail en studio. On a passé 3 mois à réfléchir aux arrangements et à la scénographie. Pour cette tournée, tout se passe très bien pour l’instant, même s’il y a toujours quelques insatisfactions de début de tournée.

Le fait de commencer votre tournée par les États-Unis, c’est un hommage ou une opération marketing ?
C’est presque un hasard de calendrier, à vrai dire. C’était difficile de scinder les dates en France par une tournée aux États-Unis. En plus, c’est un territoire où je veux percer et où on a des bons retours. Et paradoxalement, c’est moins stressant que d’attaquer en France où toute l’installation technique est beaucoup plus lourde. Ici on peut se concentrer sur la musique.

Quel accueil vous avez reçu jusqu’à présent ?

Pour être honnête, j’avais un peu peur. Ça faisait 2 ans et demi qu’on n’avait pas tourné aux États-Unis, c’est un territoire où on n’est pas très présent et où la réalité du marché est différente. En plus, c’est un peu tôt, l’album n’est sorti que fin septembre. Mais le public est au rendez-vous, on reçoit un bon accueil. On a même une deuxième tournée de prévue ici en 2010.

Vous avez collaboré avec beaucoup d’artistes américains, et une bonne partie de vos influences hip-hop viennent des États-Unis. Quelle relation entretenez-vous avec ce pays ?
C’est une relation culturelle très ancrée chez moi. Bien sûr, par le biais de la culture hip-hop, avec les Golden Years 86-93. Les fondamentaux viennent principalement d’outre-Atlantique, et plus spécifiquement de New York. Il y a une énergie particulière dans cette ville. J’essaie d’y aller souvent. À l’automne dernier, je suis parti y chercher des sons pour cet album parce que j’avais en tête l’idée de poser une ambiance urbaine. Par contre, même si j’ai une relation privilégiée avec New York, je crois que ma ville préférée aux États-Unis, c’est San Francisco ! Niveau cadre de vie, je trouve que c’est une ville plus humaine. Je me rappelle quand j’étais venu aux États-Unis après le 11-Septembre : à New York, le trauma avait fait ressortir un sentiment patriotique hyper fort alors qu’à San Francisco, les gens manifestaient déjà contre la guerre.

Sur le dernier album, dans la chanson « Say Yes », vous faites part de votre enthousiasme par rapport à l’élection d’Obama. Vous souhaitez un changement de cette ampleur en France ?
Aux États-Unis, il y a eu un vrai renversement de vapeur. Il y a encore quelques années, on se mettait dans la position de donner des leçons aux Américains par rapport à Bush. J’espère vraiment un changement à la Obama en France. En tout cas, moi, je ne peux pas me résigner à l’idée d’un deuxième quinquennat de notre président actuel.

Vous vous considérez comme un artiste engagé ?
Je suis plutôt un artiste et un citoyen engagé. Je n’ai pas envie de sortir un discours révolutionnaire dans ma musique. C’est plus par d’autres actions, comme le fait d’avoir mon label indépendant, que je défends des choses. En ce qui me concerne, ça me paraît plus vital que d’exprimer des revendications dans un texte.

Vous avez des projets sur le feu ?
En dehors de la tournée, non… mais on a à peu près 150 dates de prévues d’ici Noël 2010 !

Infos pratiques
Wax Tailor – In the mood for life (Feat. A.S.M., Charlotte Savary, Charlie Winston, Voice, Mattic, Speech Defect, Sara Genn, Di)

Album en écoute sur : www.waxtailor.com

Plus que trois dates dans la tournée américaine :
Le 16/10 au Slim’s (San Francisco)
Le 17/10 au Troubadour (Los Angeles)
Le 18/10 au Casbah (San Diego)

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