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“Welcome to New York” : l’affaire DSK en fiction, quatre ans après

Lors de l’édition 2011 du festival de Cannes, l’arrestation du patron du FMI à New York avait bien plus abasourdi la bulle cannoise que n’importe quel film en compétition. La première “version fictionnalisée” tirée des événements du Sofitel et de ses suites, Welcome to New York d’Abel Ferrara, a été présentée en marge du festival officiel samedi soir. Le film est disponible depuis dimanche en France en vidéo à la demande, avant sa mise en ligne aux Etats-Unis en août. Devant le résultat, l’attention médiatique est depuis retombée, même si Dominique Strauss Kahn vient d’annoncer vouloir porter plainte pour diffamation.

C’est le cinéma Star de la rue d’Antibes qui a eu droit aux seules projections en salles du film, ouvertes à tous. En parallèle, la presse a été conviée sur une plage privée pour une projection en plein air. Gérard Depardieu a assuré un show minimum. Jacqueline Bisset et le réalisateur ont présenté succinctement le film comme un brûlot “dur et violent”, sans véritablement expliquer la démarche. Comme annoncée, une fête de “mauvais goût” a ensuite eu lieu, avec distribution de peignoirs siglés et accessoires sadomasochistes.

Vincent Maraval, le président de la société de production Wild Bunch, a ainsi justifié la sortie directement en VOD dans une interview au Film Français : “Si nous le sortons en salle, il sera piraté et en plus nous n’aurons pas de ventes télé (puisque la télévision française n’en veut pas) pour amortir la sortie salle. Nous avons observé ce que pratiquent aux Etats-Unis les sociétés de production Radius, IFC (qui sort le film, ndlr) et Magnolia. Ils sont en avance sur le cinéma art et essai notamment avec des sorties cinéma digitales (vidéo à la demande ndlr). Ça donne de très bons résultats qui permettent de contourner les difficultés de la distribution indépendante. Nous avons pensé que c’était la solution pour ce film”.

La scène d’ouverture joue sur la confusion entre réalité et fiction. Gérard Depardieu, l’acteur, explique devant de faux journalistes pourquoi et comment il va jouer le rôle de cette personne qu’il n’aime pas. Puis débute de longues scènes de sexe en groupe dans la chambre d’hôtel, traitées sur le mode grotesque (Depardieu grogne et couine à répétition, la salle s’esclaffe) avec un voyeurisme assumé.

Ce n’est que dans la deuxième partie que le film dévoile son véritable projet : fantasmer sur les conversations du couple enfermé dans le luxueux appartement, sous l’œil constant des médias dans la rue. C’est dans ces moments que la fiction peut prendre sa place, le reste tient de la représentation de divers articles de presse. Mais la caméra de Ferrara n’est ici pas particulièrement à l’aise dans les espaces confinés et la mise en scène reste trop souvent dans la représentation du fait divers, sans aller vers une critique plus universelle du pouvoir ou du couple.

Welcome To New York est nettement sous-financé pour être vraisemblable. Une bonne partie du budget a peut-être été utilisée pour la location du même appartement new-yorkais que le couple Strauss-Kahn après la sortie de prison. Les acteurs ne sont pas assez dirigés et une bonne partie des dialogues relèvent de l’improvisation sans véritable direction. Le tout dans un franglais irritant.

Abel Ferrara, réalisateur de talent ( Ms. 45, Bad Lieutenant, King of New York) et ancien toxicomane, fait de nouveau un film sur l’addiction. Mais l’affaire DSK ne semble pas l’avoir vraiment inspiré. Le réalisateur ne recule pas devant certaines perversités, comme donner le rôle d’une journaliste inspirée par Tristane Banon à sa compagne. Le film n’est pas honteux dans sa forme (le travail sur le corps hors norme de Depardieu ou la projection d’un extrait de Domicile conjugal (1970) de Truffaut sont des trouvailles). Mais le propos peut s’avérer nauséabond dans ses allusions aux liens entre le personnage de Jacqueline Bisset avec l’Etat d’Israël et sur l’origine de sa fortune familiale, supposément acquise pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Sur le Huffington Post.fr, qu’elle dirige, Anne Sinclair a dénoncé des “attaques clairement antisémites” :Les allusions à ma famille pendant la guerre sont proprement dégradantes et diffamatoires. Elles disent le contraire de ce qui fut. Mon grand-père a dû fuir les nazis, et a été déchu de sa nationalité française par le gouvernement de Vichy. Mon père a rejoint la France libre et a combattu jusqu’à la Libération. Dire autre chose relève de la calomnie. Le réalisateur a répondu : “Je ne suis pas antisémite. J’espère que non. J’ai été élevé par des femmes juives”. Il se défend de salir la mémoire du père d’Anne Sinclair : “Ce n’était pas un collabo. Il a failli être tué par la Gestapo. Il était tout le contraire. Il est passé tout près d’être descendu, comme six millions de juifs”.

Abel Ferrara prépare actuellement un film sur les derniers jours du réalisateur Pier Paolo Pasolini, assassiné en 1975, avec Willem Dafoe dans le rôle titre.

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