Art Déco

A Paris, la renaissance de la Samaritaine

Nouveau temple de la mode, du luxe et de la gastronomie, l’ancien grand magasin parisien a fait peau neuve et rouvert ses portes au public le 23 juin, dévoilant les merveilles de son architecture Art déco.
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Emmanuel Macron et Bernard Arnault, le patron de LVMH, assistent à la cérémonie de réouverture de la Samaritaine à Paris, le 21 juin 2021. © Bobby Allin

Pour les Parisiens, elle était le symbole d’une ère révolue. Fermée depuis vingt ans, la Samaritaine pourrait pourtant redevenir l’un des sites les plus courus de la capitale. Située entre le quai du pont Neuf et la rue de Rivoli, à deux pas du quartier des Halles et à quelques centaines de mètres du Louvre, elle domine la Seine et le square du Vert-Galant, à l’extrémité de l’Ile de la Cité.

A New York la saga des department stores s’est écrite avec Macy’s, Saks et Bloomingdale’s. A Paris, la Samaritaine a longtemps rivalisé avec le Bon Marché, le Printemps et les Galeries Lafayette. Ernest Cognacq, son fondateur, n’a pas seulement bouleversé la distribution traditionnelle. Ce visionnaire avait demandé à deux des grands architectes du début du XXe siècle – Frantz Jourdain et Henri Sauvage – de construire un ensemble à la gloire de l’Art nouveau (pour la structure métallique) et de l’Art déco (pour les fresques de céramique).

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© LVMH
© LVMH

Lorsqu’il rachète la « Samar » aux petits neveux du fondateur en 2001, Bernard Arnault, patron du groupe LVMH, se lance un défi. Pour ce passionné d’architecture, la rénovation de ce quadrilatère se fera sous le signe de l’innovation. L’addition sera salée : près d’un milliard d’euros. Mais le résultat est là. Pas question bien sûr de détruire la structure monumentale du bâtiment Eiffel avec sa verrière et sa volée d’escaliers en fer forgé aux poutres métalliques apparentes. Témoins majeurs de l’Art déco, les panneaux polychromes en lave émaillée sont réhabilités et mis en valeur. Tout comme les mosaïques d’époque et l’immense fresque jaune d’or, ornée de paons multicolores, située sous la verrière principale.

Mais sur la rue de Rivoli, à l’opposé du fleuve, la rénovation imaginée par l’agence japonaise Sanaa, lauréate du prix Pritzker d’architecture en 2010, a fait bondir la Commission du Vieux Paris. L’objet du scandale : une façade résolument contemporaine, ondulée, constituée de 343 panneaux de verre courbés et sérigraphiés. Les « tradis » ont hurlé devant cette peau de verre moiré qui semble tenir en équilibre sans points d’appui. Les modernes ont applaudi : loin du « rideau de douche » moqué par les conservateurs, cette façade avant-gardiste symbolise la métamorphose d’un quartier en déshérence. Elle est la preuve que la Ville Lumière est capable de célébrer la modernité dans un bâtiment classé monument historique.

 
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© LVMH

Il fallait un contenu à la mesure de ces travaux pour séduire les visiteurs à la recherche d’un art de vivre typiquement français. Sous sa verrière mythique, la Samaritaine Paris Pont-Neuf – comme le grand magasin a été rebaptisé – présente sous un même toit le meilleur de la mode. Le groupe LVMH le jure : cette nouvelle Samaritaine ne sera pas un showroom à la gloire de ses seules marques. Place à la diversité. Six cents enseignes (luxe et labels exclusifs) montrent les tendances et la force de la création française. Au sous-sol, 3 000 mètres carrés sont dédiés à la beauté et accueillent un spa Christian Dior. Un concept-store voisin, reflet de l’art de vivre à la française, propose aux visiteurs des objets hétéroclites, de la déco, des souvenirs so French. Le cinquième étage et sa coupole sont consacrés à la restauration. Le magasin abrite douze restaurants.

Avec sa vue à couper le souffle sur Notre-Dame et la tour Eiffel, la nouvelle Samar se prêtait à l’ouverture d’un hôtel de luxe. Ce sera le 5 étoiles Cheval Blanc, la chaîne du groupe LVMH présente à Courchevel, aux Maldives, à Saint-Tropez et à Saint-Barth. Un joyau réhabilité en un écrin de 72 clés par l’architecte américain Peter Marino et le Français Edouard François. Avec l’aide de marbriers, de doreurs, de tailleurs de pierre et de ferronniers, garants de l’excellence de l’artisanat français, Peter Marino a conçu cet hôtel comme une résidence parisienne pour happy fews : la clientèle est véhiculée jusqu’à l’entrée en empruntant un tunnel souterrain. A l’intérieur de chacune des 26 chambres et des 46 suites, chaque meuble a été conçu sur mesure, chaque objet a fait l’objet de recherches méticuleuses. Un lieu de vie où cohabitent des toiles de Vik Muniz et Sonia Delaunay, des pièces signées Philippe Anthonioz et des sculptures des Lalanne. Le clou : un appartement d’exception de 1000 mètres carrés avec piscine privée de douze mètres de long.

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© LVMH
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© LVMH

Un restaurant gastronomique sera confié au Français Arnaud Donckele, triple étoilé Michelin et « meilleur chef de l’année 2020 » selon le guide Gault et Millau. L’établissement, qui rendra hommage au terroir de l’Ile-de-France, dévoilera une vue imprenable sur l’Académie française. Les clients fortunés pourront apprécier les petits déjeuners concoctés par l’ancien chef pâtissier du Georges V, Maxime Frédéric. Les prix ? En conséquence. Le commun des mortels se consolera, au septième étage, avec les deux brasseries de la terrasse panoramique.

Après des siècles de mécénat public, la municipalité voulait faire de Paris le terrain de jeu des créateurs et des designers privés. Depuis, de la Fondation Louis Vuitton (dessinée par l’architecte Frank Gehry) à la réhabilitation de la Bourse de commerce pour accueillir la Collection Pinault (par Tadao Ando), en passant par la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette dans le Marais (par Rem Koolhas), les grands patrons français se battent pour sauver le patrimoine architectural et sauver la ville. Problème d’égos ? Les Parisiens et leurs visiteurs ne s’en plaindront pas.


Article publié dans le numéro de mai 2020 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

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