The Observer

L’amour au temps du confinement

La France a annoncé début août la mise en place d'une procédure dérogatoire qui autoriserait les amoureux séparés par le coronavirus et les restrictions de déplacement de prétendre au regroupement familial. Une bonne nouvelle pour les couples binationaux !
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« L’amour est vital » pourrait être le titre d’un volume de la collection Harlequin, mais ce n’est que l’un des nombreux hashtags ayant mis en lumière la pénible situation vécue par les couples binationaux séparés par les restrictions de déplacement imposées par le coronavirus. Ils ont donné lieu à une multitude de pétitions en ligne suppliant les gouvernements de modifier ces nouvelles règles afin de permettre aux amoureux – qu’ils soient mariés ou non – de se retrouver.

Début mars, lorsque l’ampleur et la gravité de cette pandémie sont devenues évidentes, les pays se sont empressés de fermer leurs frontières et de relever tous les pont-levis. Une quinzaine de jours plus tard, le président Donald Trump a interdit l’accès de son territoire aux voyageurs en provenance du Vieux Continent. L’Union européenne n’a pas tardé à prendre le même genre de mesures, bannissant tous les ressortissants étrangers, sauf en cas de « déplacements essentiels » ou pour « motif familial impérieux ». Résultats : lorsqu’ils étaient géographiquement séparés lors de l’entrée en vigueur de ces décisions, les conjoints de nationalités différentes ont été confrontés à un problème sans précédent.

Un souci qui se posait déjà au niveau national en France, puisque les couples ne travaillant pas au même endroit se sont retrouvés désunis lors de la première quinzaine de confinement imposée mi-mars. Lorsque le Parlement s’est ensuite réuni (en télétravail) pour prolonger la mesure d’un mois, Mireille Clapot, députée de la Drôme, a tenté de faire passer un « amendement des amoureux », qui aurait ajouté l’idylle à la liste des motifs familiaux impérieux une fois les restrictions assouplies. Malgré son argument, à savoir qu’un tel veto équivalait à un « bannissement de l’amour », la proposition de Madame Clapot a été rejetée – le ministre de la Santé Olivier Véran l’a néanmoins remerciée pour ce « moment de tendresse » dans un agenda parlementaire des plus moroses.

Si être séparé de l’objet de son affection alors qu’il ou elle habite le même pays que vous est déjà pénible, le problème prend une toute autre dimension pour les couples vivant de part et d’autre de l’Atlantique. En plus du stress émotionnel, ils sont confrontés à des questions pratiques tel le retour sur leur lieu de travail, l’inscription des enfants à l’école, la signature ou le renouvellement d’un bail, ou tout simplement la reprise d’une vie normale. Par ailleurs, les divergences de politiques de santé publique entre les Etats-Unis et l’Europe ont donné lieu à des restrictions asymétriques, créant un patchwork foutraque d’interdictions, dérogations et autres exceptions en matière de visas qui perdurent encore aujourd’hui.

Le sentiment d’injustice associé à certaines de ces règles ajoute à la frustration et au ressentiment. C’est le cas de cette Texane devant accoucher seule de son premier enfant – le futur père étant bloqué en France –, et qui s’est dit déconcertée de pouvoir jouer au casino du coin mais dans l’impossibilité de tenir la main du futur père de l’enfant pendant l’accouchement. Parmi les autres inégalités de traitement difficilement compréhensibles : le refus des Etats-Unis d’accorder une autorisation d’entrée sur le territoire aux conjoints de longue date, tout en autorisant des athlètes étrangers à venir participer à des compétitions sportives.

L'interdiction de voyager attise le romantisme

En Europe, la situation est tout aussi floue : certains pays, telle la Grèce, ont durci leurs règles ou remis en place des mesures de confinement, tandis que le Royaume-Uni impose désormais une quatorzaine aux voyageurs en provenance d’Espagne, du Luxembourg et plus récemment de France. Et ce sont autant de couples soudain victimes de décisions qui ne cessent d’évoluer. Contraints d’accepter leur séparation, ils se réconfortent avec les moyens du bord : via des rendez-vous sur Zoom pour regarder des séries télé de concert ou en adoptant un animal de compagnie. Mais la distanciation physique fait des ravages, ouvrant la voie à des stratégies de réunification plus créatives.

Certains intrépides se rejoignent dans un pays aux conditions d’entrée moins restrictives pour ensuite regagner ensemble leurs pénates. Pour les Etats-Unis, il est possible de passer par le Mexique, qui n’est actuellement pas visé par l’interdiction américaine. Mais ces stratagèmes sont souvent coûteux et risqués, les règles changeant à mesure que le virus progresse. Comme l’a fait remarquer avec ironie un rapatrié français qui a réussi à rejoindre sa dulcinée, « c’est fou de devoir passer par un pays où le virus ne cesse de gagner du terrain, alors que les choses s’améliorent en Europe ». (Le Mexique a récemment fait état d’un des taux d’infection les plus élevés au monde.)

Autre approche qui prend de l’ampleur : le lancement de campagnes en ligne, à l’instar de #LoveIsEssential ou #LoveIsNotTourism, qui demandent aux pays d’autoriser la réunion de familles et de conjoints. Les signataires s’engagent à effectuer des tests de dépistage à leur frais au départ et à l’arrivée et à se mettre en quarantaine le temps nécessaire. Ces initiatives ont attiré l’attention et commencent à produire des résultats. Le Danemark a été l’un des premiers à prendre des mesures dans ce sens, introduisant une « exemption pour les amoureux » qui permet aux couples séparés de longue date de se réunir. Plusieurs autres nations, dont les Pays-Bas, ont suivi le mouvement. Et la France a annoncé début août qu’elle introduirait une procédure qui autoriserait les conjoints qui peuvent prouver qu’ils ont des « activités communes » de prétendre au regroupement familial – bien que la demande doive être visée par une commission interministérielle, ce qui nuit quelque peu au romantisme.

Il n’est pas certain que les progrès réalisés jusqu’à présent ne seront pas mis à mal par une nouvelle vague et des restrictions plus sévères. (A l’heure où j’écris ces lignes, les Etats-Unis envisagent une mesure visant à empêcher les citoyens américains et les résidents permanents de rentrer chez eux s’ils sont soupçonnés d’être infectés par le virus.)

En revanche, si l’amour doit triompher de tout, La Rochefoucauld ne s’y trompait pas : « L’absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu. » Il y a fort à parier que nombre de couples binationaux espèrent au plus vite faire leur cette maxime.


Article publié dans le numéro de septembre 2020 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

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