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Elsa Jungman : la minimaliste de la beauté

Française installée à San Francisco, cette chercheuse en dermatologie a lancé sa gamme de soins sous la marque Dr. Elsa Jungman, avec peu d’ingrédients et un axe innovant : la préservation du microbiome de la peau.
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Elsa Jungman. © Sabrina Bot

Crèmes hydratantes, gels purifiants, lotions démaquillantes, correcteurs anti-imperfections… Et si les multiples produits de soins dermatologiques que les femmes (et, de plus en plus, les hommes) utilisent dans leurs routines de beauté faisaient, à l’arrivée, plus de mal que de bien à la peau? Cette question a poussé Elsa Jungman à lancer, en 2019, une gamme de produits minimalistes destinés aux peaux sensibles. Son credo : la plupart des soins dermatologiques perturbent le microbiome cutané, nom donné à l’ensemble des micro-organismes (bactéries, champignons…) qui sont présents naturellement à la surface de notre peau et la protègent des agressions.

Une démarche à rebours des géants de l’industrie cosmétique, que cette trentenaire énergique et passionnée connaît bien : avant de s’installer aux Etats-Unis avec son mari, en 2015, elle a travaillé dans un centre de recherche de L’Oréal après dix ans d’études en biologie, chimie et dermatologie. « J’ai toujours été fascinée par la peau », explique-t-elle. « C’est en partie lié à mon histoire personnelle : à l’âge de dix-huit ans, j’ai fait un choc toxique, une infection bactérienne très rare et assez grave. J’ai mis beaucoup de temps à m’en remettre et par la suite, j’ai eu beaucoup de problèmes de peau. »

Sciences peau

Après une licence de biologie et biochimie à Paris, sa ville d’origine, elle enchaîne par un master en recherche dermatologique à Lyon, qui la mènera jusqu’à la côte ouest américaine. « J’ai eu la chance de faire une année à l’université de Californie à San Francisco avec un professeur considéré comme un des meilleurs dermatologues du monde, Howard Maibach. » Outre la découverte de la Californie, ce séjour la poussera à poursuivre ses études jusqu’au doctorat. « En France, le titre de docteur est peu valorisé, alors qu’aux Etats-Unis, les PhD sont très recherchés. Cela m’a décidé à revenir à Paris pour une thèse consacrée à l’analyse de la peau par des techniques de chimie. »

© Dr. Elsa Jungman

Recrutée par L’Oréal à l’issue de ses études, la jeune chercheuse rêve de travailler à l’étranger et se sent à l’étroit dans son laboratoire d’Aulnay-sous-Bois, au nord-est de Paris. Quand son compagnon, spécialiste des données, décroche un emploi chez Tesla à San Francisco, elle ne tarde pas à le rejoindre. « On a toujours été très heureux en Californie », indique cette jeune mère de famille. « On est au cœur de l’innovation et je crois que la mentalité américaine au travail, qui est très speed, nous convient bien. Et puis San Francisco est une belle ville, où l’on peut être dans des rythmes effrénés la semaine tout en ayant beaucoup de nature à portée de main. »

Le changement est aussi professionnel : après l’ambiance d’un géant des produits de beauté, Elsa Jungman découvre celle des start-up de biotechnologie. L’un de ses premiers employeurs, AOBiome, est un pionnier de la recherche sur le microbiome cutané. Fondée en 2013 par un ingénieur du MIT, cette start-up développe des médicaments et des produits dermatologiques à partir de bactéries oxydant l’ammoniac (AOB en anglais). Pour la jeune chercheuse, c’est une révélation : « Leur philosophie était que cette couche de micro-organismes joue un rôle clé pour la santé de la peau. Or beaucoup d’ingrédients qui sont contenus dans les cosmétiques la détruisent : les conservateurs, qui sont conçus pour empêcher les bactéries de se développer, mais aussi les parfums ou les agents nettoyants. »

Deux ans plus tard, AOBiome décide de céder sa gamme grand public, Mother Dirt, à une filiale du spécialiste des produits ménagers S.C. Johnson, connu pour les marques Baygon ou Canard WC – pas vraiment le meilleur ami des bactéries.

Less is more

De là naîtra l’idée de créer sa propre entreprise de produits pour la peau, Elsi Skin Health. L’entreprise s’inscrit dans la vague de la clean beauty, qu’Elsa Jungman définit comme « la volonté de revenir à des produits plus simples et plus sains, en s’écartant des grandes marques qui utilisent beaucoup de produits chimique ». Chez Elsi, cela se traduit par un nombre d’ingrédients très limité – seulement trois ou quatre, tous d’origine naturelle – et sans eau, pour éviter les conservateurs agressifs pour le microbiome. « Dans la cosmétique, on ajoute toujours plus d’ingrédients pour avoir la texture parfaite, le parfum parfait, mais je n’ai jamais été à l’aise avec cette démarche. Donc j’ai cherché à retirer le plus d’ingrédients possible pour ne garder que ceux qui avaient une efficacité sur la peau. »

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© Dr. Elsa Jungman

Lauréate du French American Entrepreneurship Award en 2019, Elsi lève dans la foulée un million de dollars auprès d’investisseurs américains et français, dont le gestionnaire de patrimoine du groupe Yves Rocher. « Avec ce million, j’ai ouvert un laboratoire, embauché une chimiste… et le Covid est arrivé. » Pour la jeune entreprise, qui peine à se démarquer sur un marché ultra-concurrentiel, l’année 2020 est particulièrement difficile. C’est le moment où Elsi change le nom de ses produits, désormais vendus sous la marque Dr. Elsa Jungman, afin de mettre en avant son expertise scientifique.

Positionnée comme une start-up innovante, elle est la première à proposer le séquençage du microbiome cutané. « En mai 2021, j’ai lancé une campagne proposant à un nombre limité de personnes d’analyser pour 50 dollars leur microbiome avant et après avoir testé nos produits. » L’opération est un succès et donne à la fondatrice l’idée de lancer une nouvelle offre, qui doit démarrer cet automne : vendre des kits de séquençage du microbiome, sur le modèle des tests génétiques pour particuliers, mais en se concentrant sur les problèmes de peau et en étudiant aussi d’autres facteurs, comme le stress ou les changements hormonaux.

Cette approche technologique a séduit de nouveaux investisseurs, qui ont apporté des fonds à l’entreprise juste avant l’été. La levée de fonds doit aussi servir à internationaliser la marque, qui n’est aujourd’hui présente qu’aux Etats-Unis. « Etant une Française en Californie, j’ai un positionnement assez unique. Beaucoup d’Américains admirent la France, notamment pour les produits de beauté. Nos consommateurs adorent l’idée d’acheter à une femme qui est à la fois française et scientifique ! »


Article publié dans le numéro de septembre 2021 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

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