Echappée provençale

Les trois secrets du Château La Coste

Vin, art et architecture : les trois piliers du plus grand complexe d’art contemporain à ciel ouvert d’Europe racontent le bonheur de vivre en Provence.
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© Villa La Coste

Si Dieu est né en Provence, Château La Coste est son royaume. Pour accéder à ce coin de paradis, il faut, venant d’Aix-en-Provence, suivre pendant vingt kilomètres une route départementale qui slalome au milieu des pins, des cyprès et de la garrigue. Peu avant le hameau de La Cride, la route débouche sur un amphithéâtre de collines dominant une petite plaine. C’est en son milieu que surgit le centre d’art, spectaculaire bâtiment en forme de « V » tout en lignes géométriques avec une peau de béton lisse et soyeuse. Il a été dessiné par Tadao Ando, l’architecte de Naoshima, l’île des musées dans la mer intérieure du Japon. Accrochées aux pentes douces, des rangées de vignes, piquetées de rosiers, entourées de chênes et d’oliviers. Descendant des hauteurs, des ruisseaux musardent sous la mousse. Hormis les cigales, le bourdonnement des abeilles et le bruit du vent berçant les pins parasols, le silence est complet. La lumière est dorée, cristalline. Le temps semble arrêté.

Quand Patrick McKillen, qui a fait fortune dans l’hôtellerie (il est copropriétaire à Londres des hôtels Claridge’s, Berkeley et Connaught), décide en 2004 d’acheter ce jardin d’Eden, le promoteur irlandais pense d’abord au vin. La région est réputée pour son rosé. Il décide de monter la gamme sur la moitié des 230 hectares, avec un vin rouge (cépages : grenache et syrah) et un blanc (chardonnay et sauvignon), dans le respect des pratiques biologiques. On les dégustera à l’ombre des platanes ou de la pergola imaginée par Daniel Buren, dans deux restaurants gastronomiques gérés par Gérald Passedat et le chef argentin Francis Mallmann. Ou dans les « villas » de l’hôtel 5 étoiles qui surplombe le domaine, face au massif du Luberon.

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Le Pavilion de musique, conçu en 2008 par l’architecte américain Frank Gehry, accueille régulièrement des concerts en plein air. © Frederik Vercruysse

L’art a naturellement suivi. « Paddy » McKillen aime les artistes. Il connaît personnellement les « starchitectes ». Ils vont l’aider à transformer un décor harmonieux et grandiose en parc de sculptures contemporaines. Son projet : inviter les artistes à visiter le domaine et leur proposer d’y travailler. Ils leur donne carte blanche, à eux de choisir l’endroit où ils installeront leur œuvre. Seule consigne : respecter le paysage, sans toucher aux arbres ni aux restanques, ces murets de pierres sèches d’origine romaine qui permettaient jadis les cultures en terrasses. Sur les pentes du plus grand centre d’art à ciel ouvert d’Europe, les grands noms de l’architecture mondiale – Tadao Ando, Frank Gehry, Renzo Piano, Jean Nouvel, Richard Rogers, tous lauréats du prix Pritzker, sans oublier l’architecte paysager Louis Benech – vont jouer le jeu.

C’est à Tadao Ando que revient la palme d’honneur : il dessine le centre d’art, posé sur un plan d’eau en trois bassins. Le premier est surplombé par une monumentale araignée, sculptée par Louise Bourgeois, le second par un mobile géant d’Alexander Calder, le troisième par une arrête polie en forme de carotte, en écho aux reflets du bassin et des baies vitrées, signée Hiroshi Sugimoto. Jean Nouvel, lui, s’attaque au chais, avec un projet décoiffant : un demi-cylindre constitué de tôles d’acier ondulées. Cette année, à proximité d’un cheminement fait de pavés à travers les chênes conçu par Ai Weiwei, Richard Rogers met la dernière main à un espace suspendu polychrome, dédié aux expositions de dessin et peinture. Une réponse au pavillon conçu par Renzo Piano, son associé sur le chantier du Centre Pompidou, pour la photographie.

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Alexander Calder, Small Crinkly, 1976. © Frederik Vercruysse
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Jean Nouvel a conçu le chais du domaine La Coste, un demi-cylindre en tôles d’acier ondulées. © Adrien Gaut

Ces créations contemporaines se découvrent par un sentier cheminant dans les collines. Les plus belles étapes ? Difficile de choisir : peut-être l’Oak Room, tombeau, nid ou caverne intégré dans une ancienne restanque ? Figure emblématique du land art, Andy Goldsworthy a composé cette structure à partir de rondins et de branches de chêne entrelacés pour lui donner sa forme circulaire. La chapelle de Tadao Ando, au sommet du parcours, donne une seconde vie à ce petit édifice, jadis lieu de passage des pèlerins vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Le maître japonais a conçu une armature en tôle et verre ; ses lames filtrant la lumière incitent au recueillement. Comme les sculptures de Richard Serra, plaques métalliques faites d’un alliage de fer, de cuivre et de zinc, surgies de terre et invitant à réfléchir à la nature. Chaque année, le domaine accueille au moins une œuvre nouvelle. En 2020, c’est The Marriage of New York and Athens, un ensemble de trois sculptures en inox et fibre de verre de Tony Berlant, installé dans un des pavillons imaginés par Gehry.

Sean Scully, Lee Ufan, Paul Matisse, Tracey Emin, Richard Long… Beaucoup d’autres grands noms contemporains ont fait escale dans le parc. Inspiré par le centre d’art de Storm King, dans l’Etat de New York, le domaine La Coste a inspiré à son tour ses petits frères du département du Var : la Commanderie de Peyrassol (sculpture et œnologie), la Fondation Carmignac sur l’île de Porquerolles ou encore le domaine du Muy, initié par Jean-Gabriel Mitterrand. L’art au cœur du vignoble existe donc ailleurs. Mais avec ses expositions, ses dégustations, ses restaurants et les villas sublimes (et hors de prix) de son hôtel, « La Coste, totalement ouvert au public, est seul à proposer une ambiance, un art de vivre, une expérience où vin, art, gastronomie et paysages se conjuguent pour distiller l’essence de la Provence », explique Daniel Kennedy, le directeur du centre d’art. Vous reprendrez bien un petit verre de rosé ?


Article publié dans le numéro de juillet 2020 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

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