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Dominique Barbéris : le romanesque au bout de la rue

Dans une atmosphère de fin d’été propice aux confessions, une femme écoute le récit de sa sœur, une tranquille épouse de médecin dans une ville de banlieue parisienne. Ecrivaine et universitaire, Dominique Barbéris signe un subtil roman d’atmosphère, sélectionné en 2019 par les prix Goncourt et Femina et récemment traduit en anglais.
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Dominique Barbéris. © Olivier Jacquet

Ville-d’Avray est une commune paisible de la banlieue ouest de Paris, avec ses rues en pente, ses maisons bourgeoises au charme provincial et ses étangs. Pour les cinéphiles, elle évoque le film de Serge Bourguignon, Cybèle ou Les Dimanches de Ville-d’Avray, Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1963. C’est en pensant à l’atmosphère trouble du film plutôt qu’à son intrigue que Dominique Barbéris a trouvé le titre de son roman, le récit d’une rencontre qui a failli bouleverser une vie.

Dans la torpeur vide d’un dimanche de fin d’été, une Parisienne profite de l’absence de son mari pour rendre visite à sa sœur aînée, Claire-Marie, épouse de médecin oisive et rêveuse. Sur la route qui la mène à Ville-d’Avray, la narratrice se souvient de leur enfance bruxelloise, de leur amour commun pour Thierry la Fronde, un héros de feuilleton télévisé, détrôné à l’adolescence par Rochester, le ténébreux personnage de Jane Eyre. Alors que la journée s’étire, dans un silence à peine perturbé par un piano qui joue le Carnaval de Schumann, Claire-Marie confie à sa cadette l’histoire de sa rencontre avec un mystérieux Hongrois. Pendant plusieurs semaines, elle l’a retrouvé dans des cafés, des gares puis dans des lieux de plus en plus reculés et inquiétants.

Jouant sur l’unité de temps et le récit dans le récit, Dominique Barbéris installe une ambiance cotonneuse et mélancolique, transforme les rues calmes de Ville-d’Avray en un décor de roman noir. À mesure que progresse le récit de Claire-Marie, la relation entre les sœurs s’inverse : la cadette, qui pensait avoir une vie pleine et excitante, se rend compte que son aînée a éprouvé le frisson de l’inconnu, osant braver le danger. La narratrice, qui voit son mari s’éloigner, prend conscience du fossé creusé entre son quotidien et ses aspirations romanesques de jeunesse : « J’attendais qu’au couloir de la salle de bains se substitue la lande secouée par le vent. J’attendais qu’un cavalier en surgisse, qu’il me prenne dans ses bras, qu’il me serre contre lui comme un petit oiseau affolé. » Porté par une écriture subtile qui transfigure les moindres détails, Un dimanche à Ville-d’Avray est un beau roman sur la fidélité aux rêves de jeunesse et le besoin d’aventure qui, parfois, se trouve au bout de la rue.

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Un dimanche à Ville-d’Avray de Dominique Barbéris, Arléa, 2019. 128 pages, 17 euros.


Article publié dans le numéro de mai 2021 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

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