Plafond de verres

Les grandes dames du champagne

On l’oublie souvent : les plus grandes maisons de champagne sont nées du travail et de la vision de femmes qui ont succédé à leur défunt mari à la tête du domaine familial. La plus connue d’entre elles, Barbe-Nicole Ponsardin a remplacé son mari à la tête de la maison Cliquot en 1805 : elle imposera son nom de deuil, Veuve Cliquot, et deviendra la première femme à diriger une exploitation champenoise. Inspirée par celle que l’on surnommait « la grande dame de la Champagne », une nouvelle génération de viticultrices et entrepreneuses s’impose dans un milieu encore largement masculin.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur whatsapp
Partager sur email
Vitalie Tattinger. © Luc Valigny

Margareth Henriquez : la pionnière

Celle que tout le monde appelle « Maggie » est entrée en champagne… en Argentine. En 2001, elle assume la direction des activités de Moët Hennessy dans le pays, alors en proie à une terrible crise économique. « Je n’avais jamais vu pareil désastre », confie-t-elle au Figaro. « Tout était vide, les restaurants, les cafés, les aéroports… » Sept ans plus tard, elle a redressé la barre et sauvé l’entreprise. Le groupe LVMH la nomme l’année suivante présidente de la maison champenoise Krug : un autre défi pour la Vénézuélienne, passée par Stanford, Harvard et l’INSEAD à Fontainebleau. Elle préside aujourd’hui le réseau professionnel La Transmission, qui regroupe neuf « femmes décisionnaires et propriétaires » en Champagne.

Vitalie Taittinger : l'héritière passionnée

La jeune femme était illustratrice lorsqu’elle a été « rattrapée par l’histoire de [sa] famille ». Nous sommes en 2007 : Pierre-Emmanuel Taittinger vient de racheter au fonds d’investissement américain Starwood Capital le domaine fondé par son grand-père en 1932. Il souhaite redonner à la maison Taittinger son orientation familiale ; sa fille le convainc de la laisser « faire ses preuves ». Formée au dessin à l’école Emile-Cohl de Lyon, la voici consultante au service marketing, avant de devenir salariée et de gravir les échelons. Directrice artistique puis responsable du marketing et de la communication, elle succède à son père à la présidence de l’entreprise le 1er janvier 2020, à l’âge de 40 ans.

femmes-dames-ladies-women-champagne-france-1
© May van Millingen

Charline Drappier : la jeune première

A 31 ans, la directrice commerciale et copropriétaire du domaine Drappier fait figure de benjamine dans le vignoble champenois. « J’ai encore beaucoup à apprendre », concède celle qui pilote la maison fondée en 1808 avec ses frères et son père, son « mentor ». Mais Charline Drappier n’est pas née de la dernière pluie. Elle a grandi dans les vignes de la Côte des Bar. Après des études littéraires et un master de géographie à la Sorbonne, inspirée par la « figure familiale forte » de sa grand-mère, elle se réoriente vers le management et représente pendant un temps la maison aux Etats-Unis. A New York en 2016, elle ouvrait avec le chef Daniel Boulud un mathusalem de six litres de champagne Drappier datant de 1989, son année de naissance !

femmes-dames-ladies-women-champagne-france-2
© May van Millingen

Séverine Frerson : du champagne dans les veines

En 2018, cette diplômée en chimie et en œnologie de l’université de Reims faisait l’actualité en devenant cheffe de caves de la maison Piper-Heidsieck. Elle est la première femme à accéder à ce poste dans une des dix grandes maisons champenoises. Mois d’un an plus tard, elle est débauchée par Perrier-Jouët pour préparer le départ en retraite d’Hervé Deschamps. La passation de pouvoir a lieu en octobre 2020 : elle reçoit de ses mains la clé des lieux et les livres de cave, recueil des notes de ses prédécesseurs depuis 1811. En hommage à Rose Adelaïde Jouët, fondatrice du domaine avec son mari Pierre Nicolas Perrier, Séverine Frerson aime dire qu’elle est « la deuxième femme de la maison… en 200 ans ! »

Pauline Lhote : une Champenoise en Californie

Son stage chez Domaine Chandon, l’exploitation californienne de Moët & Chandon, ne devait durer que trois mois. Quinze ans plus tard, Pauline Lhote est toujours à Yountville, dans la vallée de Napa. Diplômée de l’université de Reims et mère de deux enfants, elle est depuis 2017 cheffe de caves, responsable de l’élaboration et de la production des sparkling wines de la maison. « Un vigneron m’a dit un jour que ce n’est pas un travail pour une femme », témoigne-t-elle dans un entretien avec la Chambre de commerce franco-américaine de San Francisco, qui l’a élue Wine country personality of the year en 2019. « Je lui ai prouvé que c’était faux et c’est maintenant mon rôle d’aider d’autres femmes à percer dans ce milieu. »


Article publié dans le numéro de décembre 2021 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

couv-cover-france-amerique-magazine-decembre-december-2021-pop-up

Le meilleur de la culture française

Publié dans un format bilingue, en français et en anglais, le magazine France-Amérique s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à la culture française et à l’amitié franco-américaine.

Déjà abonné ? Se connecter