Entretien

Louis Giscard d’Estaing : l’Amérique de père en fils

Outre la silhouette et le patronyme, Louis Giscard d’Estaing partage avec son père – l’ancien président de la République française Valéry Giscard d’Estaing, décédé en décembre dernier – la passion des relations franco-américaines. Une filiation qu’il cultive en tant que membre du conseil d’administration de la French-American Foundation.
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Louis Giscard d’Estaing. © Patrick Kovarik/AFP

France-Amérique : Au cours de son septennat, votre père a développé des relations privilégiées entre la France et les Etats-Unis. Qu’en retenez-vous et comment y participez-vous ?

Louis Giscard d’Estaing : La démarche de mon père était très structurée autour de la relation franco-américaine, à laquelle il a donné une impulsion nouvelle. Il s’est appuyé pour cela sur deux points de l’histoire de nos deux pays : la contribution française à l’indépendance des Etats-Unis et la participation américaine à la libération de la France en 1945. J’ai pris une petite part à la consolidation de cette relation. Pendant l’été 1976, j’ai été reçu à la Maison Blanche par Gérald Ford. Je venais faire un stage aux Etats-Unis dans le cadre de mes études. J’étais alors porteur d’un message du président français, mon père, au président Ford : une enveloppe dont je ne connaissais pas le contenu, mais que je lui ai remis lors de cette entrevue marquante dans le Bureau ovale. J’ai par la suite rencontré son successeur, Jimmy Carter, en 1978. Plus tard, j’ai contribué à cette relation franco-américaine en tant que vice-président, puis en tant que président, du groupe d’amitié France-Etats-Unis de l’Assemblée nationale. En novembre 2007, j’ai fait partie de la délégation qui accompagnait Nicolas Sarkozy dans son voyage officiel aux Etats-Unis et j’étais présent pendant le discours qu’il a prononcé devant le Congrès à Washington. Pour finir, je suis le seul homme politique français à m’être rendu à la convention nationale démocrate de Denver, en août 2008, qui permit à Barack Obama d’être investi par le Parti démocrate puis d’accéder à la présidence. Cet investissement dans les relations entre la France et les Etats-Unis se prolonge dans le temps. Je suis notamment membre du conseil d’administration de la French-American Foundation à Paris et du Cercle France-Amériques.

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Louis Giscard d'Estaing à Paris, en 1979. © François Lochon/Gamma-Rapho

A sa création en 1976, la French-American Foundation visait entre autres à lutter contre l’antiaméricanisme au sein des élites françaises et contre le French bashing en Amérique. Au lendemain du mandat de Trump, au cours duquel les relations franco-américaines se sont tendues, cette lutte vous semble-t-elle toujours nécessaire ?

Absolument. Il faut surmonter tout ce qui vient polluer le paysage de la relation franco-américaine. Pendant le mandat de Trump, les Etats-Unis se sont éloignés de l’Europe et de la France. Il existe toujours des sentiments anti-américains en France, certes moins marqués qu’à certains moments où les Français avaient le sentiment que l’impérialisme américain nous menaçait. Finalement, l’un des paradoxes de l’époque actuelle, c’est que les Etats-Unis ont plutôt tendance à considérer que c’est à l’Europe de prendre toute sa part dans sa souveraineté, par un effort accru d’autonomie et de défense, et de ne plus reposer sur l’Otan, de ne plus s’abriter derrière le parapluie américain.

A Chamalières, ville du Massif central dont vous êtes le maire, la victoire de Joe Biden a eu une résonance particulière. Expliquez-nous…

Cette région est la terre de La Fayette, qui est né au château de Chavagnac en Haute-Loire. Mon ancêtre, l’amiral d’Estaing, qui a aussi participé à la guerre d’indépendance des Etats-Unis, avait des propriétés dans le Puy-de-Dôme. Il existe un lien historique entre la région Auvergne-Rhône-Alpes et l’indépendance américaine. Cette région française a aussi la caractéristique d’être la seule jumelée avec un Etat américain, la Pennsylvanie – un Etat clé ayant concouru à la victoire démocrate. En symbole d’amitié, j’ai reçu en 2016 une reproduction de la Liberty Bell, symbole de la ville de Philadelphie et de l’indépendance américaine.

Vous avez vous-même rencontré Joe Biden en avril 2004. Quel souvenir gardez-vous de cette rencontre ?

Je garde un très bon souvenir de cette entrevue sympathique et cordiale. J’alors que j’étais vice-président du groupe d’amitié France-Etats-Unis de l’Assemblée nationale. Pendant la période de tensions qui a résulté du désaccord franco-américain sur la participation à la guerre d’Irak, l’ambassadeur de France à Washington, Jean-David Levitte, avait organisé la création au Congrès américain d’un groupe d’amitié Etats-Unis-France, le French Caucus, qui existe encore à ce jour. Je faisais partie de la délégation française qui a été reçue au Sénat, à la Chambre des représentants mais aussi au Pentagone et au département d’Etat pour participer à l’installation de ce groupe d’amitié sur le plan parlementaire. Nous avons rencontré Joe Biden à cette occasion, dans son bureau au Sénat : il était alors chef de file des sénateurs démocrates sur les questions de politique étrangère, qui étaient minoritaires pendant cette présidence de George W. Bush. J’ai à nouveau été reçu par Joe Biden en 2008, après avoir assisté à son investiture en tant que futur vice-président de Barack Obama à la convention nationale démocrate de Denver. Sa victoire présidentielle a eu une résonance particulière en ce qui me concerne.

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Valéry Giscard d’Estaing avec Gerald Ford (à droite), le secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger (à gauche) et le secrétaire général de l’Elysée Claude Pierre-Brossolette, en 1975.

En 2013, vous vous êtes présenté à l’élection législative partielle en Amérique du Nord. Dans un courrier adressé à vos compatriotes français de l’étranger, vous avez déclaré : « L’Amérique est mon second pays, naturellement. » Quels souvenirs personnels marquants avez-vous de l’Amérique ?

Mon épouse [décédée en 2011] était américaine. Cela créé des liens particuliers. Mon fils, né en 1999, a la double nationalité. J’ai travaillé deux ans, de 1984 à 1986, à Washington puis à New York pour le groupe de spiritueux français Moët-Hennessy, désormais partie prenante de LVMH. Dans mon parcours personnel comme professionnel, les Etats-Unis sont mon deuxième pays. Pour toutes ces raisons, je reste actif dans la relation franco-américaine, notamment dans le cadre de la French-American Foundation. Je souhaite aussi que la Fondation Valery Giscard d’Estaing, dont j’ai repris la présidence en janvier, à la suite du décès de mon père, puisse aussi rappeler l’importance de son action développée pensant son septennat car cette période 1974-1981 fut très riche, importante et productive dans l’histoire des relations entre nos deux pays.

Votre père a déclaré : « Les Américains savent ou espèrent que l’Amérique continuera d’être un modèle de démocratie et, malgré la violence contemporaine, de tolérance. » Avez-vous hérité de son optimisme et croyez-vous encore au rêve américain ?

Oui, d’autant plus que ses propos étaient assez prémonitoires si l’on considère les résultats de l’élection présidentielle de 2020. Il y a toujours eu dans l’opinion américaine des clivages, l’élection de Donald Trump en est le symbole. Mais les citoyens américains, par leur vote lors de l’élection présidentielle en novembre dernier, ont démontré qu’ils avaient cette volonté de continuer à s’inscrire dans une conception de la démocratie américaine. C’est la démocratie en Amérique qui a malgré tout prévalu et l’on ne peut que s’en réjouir.

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