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Attentats en France: Washington et des juifs américains s’alarment d’une poussée de l’antisémitisme

Les autorités américaines et des responsables juifs aux Etats-Uniss’alarment d’une poussée de l’antisémitisme en Europe et en France, après le choc en Amérique de la mort de quatre juifs tués vendredi à Paris dans un supermarché casher.

Washington marche toutefois sur des œufs sur ce dossier ultra sensible, s’abstenant d’attiser la polémique déclenchée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui a semblé encourager des Français juifs à émigrer en Israël. Des déclarations de l’Etat hébreu qui ont irrité la France.

Alors que beaucoup d’Américains restent choqués et émus par les attentats contre l’allié français, la Maison Blanche a tiré mardi soir le signal d’alarme d’une montée de l’antisémitisme sur le Vieux continent, en particulier en France, qui, avec un demi-million de juifs, compte la troisième plus importante communauté juive au monde après Israël et les Etats-Unis.

“La violente attaque contre la communauté juive en France vendredi (…) était la dernière d’une série d’incidents très inquiétants en Europe et à travers le monde qui sont le reflet d’une vague montante d’antisémitisme”, a lancé le chef de cabinet du président Barack Obama, Denis McDonough.

Il s’exprimait devant des centaines de personnes réunies dans une synagogue de Washington en hommage aux victimes des attentats contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo et un supermarché juif à Paris, les pires attaques en Europe depuis une décennie. Dix-sept personnes sont mortes et une vingtaine sont blessées. Les trois jihadistes ont été abattus par la police.

“Au nom du président (américain), je suis ici pour affirmer la solidarité de notre nation avec le peuple français et avec la communauté juive en France et dans le monde, pour condamner avec la plus grande force les attaques violentes de la semaine dernière”, a martelé M. McDonough.

“Je suis juif”

“Nous ne plierons pas dans notre engagement à combattre le fléau de l’antisémitisme”, a-t-il promis, dans un lieu de culte juif où s’affichaient des pancartes, en français: “Je suis Charlie”, “Je suis juif”, “Je suis Français”.

Ce rassemblement exceptionnel, en présence de représentants du gouvernement, d’élus du Congrès, de dignitaires religieux et de l’ambassadeur de France Gérard Araud, était organisé par l’American Jewish Committee (AJC), une association juive. Les Etats-Uniscomptent le plus grand nombre de juifs au monde, après Israël, avec entre 4,5 millions et 5,7 millions de personnes selon diverses estimations.

Depuis les attaques de Paris, le président Obama, son secrétaire d’Etat John Kerry, nombre de parlementaires et des milliers d’Américains multiplient les gestes et messages de compassion et de solidarité à l’adresse des Français.

Mais les inquiétudes des Etats-Unis face à l’antisémitisme en Europe, notamment en France, ne datent pas des attentats parisiens: dans ses rapports annuels sur les libertés religieuses et les droits de l’homme dans le monde, le département d’Etat les exprime systématiquement, en particulier depuis les tueries anti-juives du jihadiste français Mohamed Merah en 2012.

“Nous combattrons les forces haineuses de l’antisémitisme, de l’intolérance et de l’extrémisme violent”, a assuré Julieta Valls Noyes, sous-secrétaire d’Etat adjointe pour l’Europe.

La diplomate américaine a rendu hommage aux quatre hommes juifs — Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada — tués le 9 janvier par le jihadiste Amedy Coulibaly dans le magasin casher parisien et enterrés mardi en Israël.

“Je suis Yohan, je suis Philippe, je suis Yoav, je suis François-Michel”, a égrené, en français, Mme Valls Noyes.

Une députée démocrate de Floride, Debbie Wasserman Schultz, se présentant comme juive, a déploré qu'”on assiste ces dernières années à une montée de l’antisémitisme des rues de Paris aux rues de Miami Beach”.

Dans leur hommage aux juifs de France, les autorités américaines refusent officiellement de se mêler de la polémique franco-israélienne du week-end dernier: “La France, sans les juifs de France, n’est plus la France”, avait affirmé le Premier ministre français Manuel Valls. Une réplique à son homologue israélien Benjamin Netanyahu qui, en visite à Paris, avait dit “à tous les juifs de France, tous les juifs d’Europe (…) Israël est votre foyer”.

“Il y a une montée de l’antisémitisme, c’est un énorme problème. Mais ce ne sont certainement pas des mots que nous aurions utilisés”, a critiqué un diplomate américain à l’adresse de l’allié israélien.

“Les juifs ne doivent pas être poussés hors d’Europe et ne le seront pas”, a aussi prévenu Jason Isaacson, dirigeant de l’AJC.

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