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Hillary Clinton dans le rôle du gendarme ?

Fidèle au Prix Nobel de la Paix qui lui fut décerné en 2009, Barack Obama aura commis une erreur fatale tout au long de son mandat : croire que si l’on est pacifiste, les autres le deviendront et que si l’on est mondialiste, les autres vous rejoindront. À aucun moment, Obama n’a changé de stratégie. Jusqu’au bout, il a feint de croire que toutes les nations plaçaient le respect du droit international, de la paix et de l’humanité au-dessus de l’intérêt national. Lourde erreur. Le monde est une jungle où, sans les efforts d’un gendarme, les forts dévorent les faibles.

Depuis 1945, cette jungle est gendarmée par l’armée américaine. Après avoir vaincu les fascismes européens et asiatiques au cours de la Deuxième Guerre mondiale, puis le communisme de la Guerre Froide, les Etats-Unis assumèrent de facto le rôle de gendarme du monde. Dans les années 1990, lorsque surgit un nouveau défi à l’ordre mondial—l’islamisme radical—, Bill Clinton n’en comprit pas la nature, mais George W. Bush, flairant le danger, frappa si fort que cette menace fut réduite en miettes par l’armée américaine. A nouveau, le gendarme.

Les guerres en Afghanistan et en Iraq, cruelles, peut-être même inutiles, participèrent à remettre en question le rôle de gendarme du monde des Etats-Unis. Sept ans après l’investiture de Barack Obama, quel est l’état du monde ? La démission du gendarme américain a fait surgir de nouvelles menaces qui à terme mettent en danger la sécurité de l’Occident.

La Russie est de retour au sein du club des nations dirigeantes. Le G7 redevenu un G8, Moscou est récompensé pour avoir annexé la Crimée, mis en tutelle l’Ukraine orientale et bombardé les milices syriennes pro-occidentales. L’Occident recule, Poutine avance. C’est déjà ce qui permit aux tsars de conquérir l’Asie centrale en leurs temps, mais Obama semble ignorer l’histoire russe. En Chine, ensuite, le gouvernement a renoué avec l’histoire impériale de la conquête de l’Asie. La passivité d’Obama face à l’expansion chinoise en Mer de Chine laisse craindre une expulsion de la région de la Septième Flotte américaine, seule garantie depuis soixante ans de la libre circulation entre l’Orient et l’Occident.
La Corée du Sud, acceptant sa “neutralisation” en échange de la réunification des deux Corée, risque de tomber dans l’escarcelle chinoise. L’Occident n’aurait plus alors pour allié, en Asie, que le Japon. L’opinion publique y est pacifiste, mais nombre d’intellectuels plaident pour un repli sur les valeurs de la civilisation d’Edo, antérieures aux années 1850 et à l’ouverture au monde du pays. L’Inde, enfin, place depuis le Mahatma Gandhi son autosuffisance au-dessus de ses engagements internationaux et ne se battra pas pour les autres.

C’est au Proche-Orient qu’Obama a le plus reculé. La fin des sanctions contre l’Iran permettra à la cléricature chiite de reconstituer un empire qui coïncide avec la Perse antique : l’Irak, la Syrie, le Liban, le Yémen, les Etats du Golfe et l’Arabie Saoudite. Au terme des concessions d’Obama au monde islamique—des marques de respect légitimes, mais perçues comme des signes de faiblesse—les Occidentaux se retrouvent seuls confrontés au terrorisme islamique. Obama n’est pas seul responsable, mais il n’a pas contribué non plus à la réflexion sur les deux causes du djihadisme : le soutien occidental aux despotes arabes d’un côté et le désordre migratoire en Europe de l’autre.

Lorsqu’on lui demande de citer un succès international, Hillary Clinton, en tant que probable successeur de Barack Obama, n’apporte pour réponse que la démocratisation du Myanmar (ex-Birmanie), pourtant loin d’être achevée. Plus réaliste et plus expérimentée, elle se garde de mentionner le retrait des troupes américaines d’Afghanistan et d’Iraq : elle sait que si elle est élue, elle devra y renoncer.

En 1993, Bill Clinton hésitait à engager ses troupes en Bosnie. Face à Colin Powell, un chef d’État-Major toujours prompt à choisir la solution diplomatique pour régler une crise internationale, Madeleine Albright, alors Secrétaire d’Etat, aurait lancé, “à quoi bon avoir la plus puissante armée du monde si ce n’est pour s’en servir ?” Le successeur d’Obama devra lui aussi tenter de restaurer l’ordre du monde, qui ne peut se passer de gendarme. Quitte à en recruter un, autant qu’il soit américain.

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