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“Le cinéma français a fait d’excellents films de gangsters, avant les Américains”

Ce vendredi sort aux Etats-Unis The Connection, ou le destin tragique du juge Michel dans son combat contre le trafic de drogues entre Marseille et New York. France-Amérique a rencontré le réalisateur Cédric Jimenez et l’acteur Gilles Lellouche, interprète du plus célèbre parrain de la pègre, Gaëtan Zampa.

France-Amérique : The Connection est-il le contrepoint de vue français du film de William Friedkin The French Connection, sorti en 1971 ?

Cédric Jimenez : Ce n’est pas comme ça que j’ai envisagé le film. Je ne cherche pas à répondre à Friedkin, je ne me permettrais jamais. Il y a dix films à faire sur l’histoire de la French Connection. William Friedkin en a fait un qui se passe au tout début des années 70, le mien est centré sur le juge Michel, sa magistrature, son assassinat, et sur l’histoire de Marseille, dont je suis originaire.

France-Amérique : Peut-on réaliser un film de gangsters sans être influencé par les films américains du genre, ceux de Martin Scorsese, Francis Ford Coppola et James Gray ?

Gilles Lellouche : Ne pas y penser, c’est impossible, ce serait être amnésique. Ce sont les Américains qui ont fait les films de référence dans ce genre. Mais on n’est pas obligé de s’y référencer. Quand on prépare un film, on a souvent tendance à aller piocher dans les films du même genre, dans une dramaturgie similaire. Mais pour The Connection, j’ai évité de le faire car c’est un bagage très lourd. C’est inhibant. S’il devait y avoir une référence, ce serait Al Pacino dans Le Parrain. Gaëtan Zampa lui ressemble car il fut un animal politique, quelqu’un qui avait un charme et un sens de la séduction incroyable. Il est plus proche en ce sens de Michael Corleone que des personnages des Affranchis de Scorsese, qui sont hyper-théâtrals.

CJ : On l’oublie souvent mais le cinéma français a fait d’excellents films de gangsters, avant les Américains. Jean-Pierre Melville, Henri Verneuil, Jacques Deray, Yves Boisset ont été les pionniers de ce cinéma-là. Martin Scorsese lui-même s’est inspiré de ces réalisateurs français. La France avait une culture de ce cinéma-là qui s’est perdue avec la Nouvelle Vague qui a installé un nouveau genre de cinéma dominant en France. On parle d’Al Pacino et Robert de Niro, mais la France avait Jean Gabin, Alain Delon, Lino Ventura.

France-Amérique : A l’inverse des films de gangsters américains à la réalisation très léchée, faits de longs travellings, de plans parfaitement cadrés, vous avez choisi de filmer caméra à l’épaule.

CJ : Je ne voulais pas faire un film musée. On faisait des travellings sophistiqués dans les années 70-90 parce que l’arrivée de la steadicam et des caméras légères a révolutionné le cinéma à l’époque. C’était à la mode de faire des longs plans soignés. Or, aujourd’hui, reproduire ce cinéma date immédiatement un film. Il y a déjà les décors, les gangsters qui fument, la musique de l’époque, je ne voulais pas “dater” le film en reprenant en plus le style cinématographique de l’époque. Je souhaitais que le spectateur vive au présent l’histoire de The Connection, qu’il ressente les émotions des personnages. Il fallait donc une façon moderne de filmer pour ne pas installer une distance avec le public.

Etait-ce compliqué de trouver des fonds conséquents (21 millions d’euros, le plus gros budget pour un film français en 2014) pour ce long-métrage sans promettre aux producteurs des effets spéciaux à chaque image ?

CJ : Recréer une époque coûte cher car on ne peut pas filmer en extérieur sans avoir un contrôle total des environs. Il faut bloquer la rue sur 500 mètres, refaire toutes les façades des magasins, dévisser les feux rouges pour mettre ceux de l’époque, changer les voitures, habiller et coiffer tous les figurants. Cela demande une équipe très lourde. C’est effectivement rare en France que des budgets aussi conséquents soient mis à disposition de films ambitieux et noirs, de polars. Les gros budgets français sont tous attribués à la comédie populaire parce que le box-office, malheureusement, donne raison systématiquement à ces films-là. L’arrivée de Gilles Lellouche et Jean Dujardin au casting a forcément aidé le financement. Mais avoir un tel budget pour un long-métrage qui n’est pas une comédie, ça n’arrive même pas une fois par an. Il faut trouver un producteur qui comprenne qu’un film d’époque de plus de deux heures justifie un coût élevé.

GL : L’argent alloué à The Connection a créé une polémique assez incroyable en France, on est venu à se demander si on pouvait toujours parler de film d’auteur parce que nous avions un gros budget. On est dans un syndrome typiquement français. Les films de Sam Mendes, d’Ang Lee, ont des gros budgets alors que ce sont des films d’auteur. On a besoin en France de films comme The Connection, qui font le pont entre les spectateurs et le cinéma d’exigence, pour ne pas se faire manger par la comédie. C’est dramatique car il n’y a plus qu’un genre qui phagocyte toute l’industrie cinématographique.

Actuellement au cinéma. Pour connaître les séances aux Etats-Unis : FrenchFlicks.com

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