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Marine Le Pen effraye les businessmen américains

Dimanche dernier, à l’issue du premier tour des élections régionales françaises, le Front National remportait 27,96% des votes exprimés et se plaçait en tête des scrutins dans six des treize nouvelles régions. Dès le lendemain, la presse américaine faisait le lien entre les attentats de Paris, la hausse du sentiment d’insécurité et le succès de l’extrême-droite.

 

Pour Martin Schain, professeur de politique comparée à NYU et spécialiste des relations politiques entre les Etats-Unis et l’Europe, les deux événements ne sont pas directement liés.

Je ne pense pas que ce qui s’est passé dimanche est directement, ou uniquement, lié aux attentats du 13 novembre. Le mécontentement envers le Parti Socialiste date de bien avant les attentats. Le mécontentement envers les Républicains précède également les attentats, de même que les divisions au sein du parti ou les difficultés des Républicains à proposer des politiques alternatives—ce qui est attendu du parti d’opposition. Ce mécontentement général n’a que très peu de liens avec les attentats du 13 novembre. L’engouement croissant pour le Front National lui aussi précède les attentats. On a ici affaire à des tendances sur le long terme, plutôt qu’à une simple réaction face à la violence des attentats.

Est-ce que les Etats-Unis ont connu une poussée de l’extrême-droite similaire suite aux attentats du 11-Septembre ?

Non, pas du tout, l’extrême-droite n’est pas un choix politique qui existe aux Etats-Unis. Les Etats-Unis n’ont pas de parti comparable au Front National. Toutefois, la faction du Parti Républicain la plus proche du FN dans ses idées est devenue prédominante après les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone. La faction la plus militante, la plus agressive du Parti Républicain a pris de plus en plus d’importance et a conduit à la guerre en Irak.

Ne peut-on pas établir une comparaison entre la percée du FN en France et l’accès de nationalisme post-11-Septembre aux Etats-Unis avec l’invasion de l’Afghanistan puis de l’Irak, le Patriot Act, Guantanamo, voire même les Freedom Fries ?

Oui, pendant environ un an après les attentats, le sentiment que l’on doit se défendre était très présent dans l’opinion publique. Mais en politique, les législateurs ont un projet de loi sur leur bureau et attendant une opportunité pour présenter leur projet. Le Patriot Act n’a pas été voté en réaction au 11-Septembre, mais le 11-Septembre à été instrumental en créant une opportunité pour proposer et voter le Patriot Act. D’une manière tout à fait similaire, la hausse du sentiment d’insécurité—et plus récemment, les attentats de Paris—a créé une opportunité pour augmenter le budget de la défense, de la police et de l’armement en Europe. Au cours de l’année à venir, cette nouvelle légitimité dont bénéficient la police et l’armée depuis les attentats va être mettre à profit pour justifier une augmentation du budget de la défense, mais aussi un renforcement du système de surveillance et de protection des frontières européennes.

Les Etats-Unis n’ont pas de parti d’extrême-droite. Toutefois, peut-on comparer Donald Trump et Marine Le Pen ?

On peut, oui ! Mais une grande différence existe : le Front National est soutenu par une organisation de plus en plus performante et de plus en plus importante, ils ont des milliers de militants à tous les échelons. Donald Trump bénéficie lui aussi du support de nombreux militants mais parviendra-t-il à s’entourer d’un réel parti ? Ça reste à voir. Donald Trump reste pire que Marine Le Pen : elle n’est pas aussi virulente et est bien plus mesurée que son père, alors que les discours de Donald Trump causent un scandale presque tous les jours. Là où la différence subsiste, toutefois, c’est que les candidats américains rêvent tous de se retrouver face à Donald Trump lors de l’élection présidentielle—aucun ne pense qu’il a une chance d’être élu. Marine Le Pen, en revanche, est bien plus forte que son père ne l’était en 2002 et la droite est aujourd’hui plus divisée. Ce n’est pas sûr que les candidats fassent bloc contre le Front National comme ils l’avaient fait en 2002. Le second tour des élections régionales nous en apprendra beaucoup sur la position des Républicains et la mobilisation des abstentionnistes.

Cette année, Marine Le Pen figure à nouveau au classement des 100 Personnalités Influentes de Time Magazine. Comment est-elle perçue aux Etats-Unis ?

La plupart des Américains ignorent où se trouve la France. L’intérêt pour l’extrême-droite, et pour la politique française en général, est très minime aux Etats-Unis et limité à une élite intellectuelle. Les quelques personnes qui s’intéressent à la politique française, par contre, craignent Marine Le Pen. Sortie de l’Union Européenne, retour au Franc, les idées du Front National ne se sont guère favorables au commerce international.

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