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Ronit Elkabetz, cinéaste et avocate de l’émancipation féminine

Le procès de Viviane Amsalem sort à New York et Los Angeles le 13 février. Il raconte l’histoire d’une femme, Viviane Amsalem, souhaitant divorcer de son mari. Mais la loi religieuse israélienne l’en empêche, tant que son mari n’y consent pas. Pour France-Amérique, Ronit Elkabetz, co-réalisatrice et actrice principale, revient sur le message politique du film, et dénonce l’archaïsme du régime matrimonial en Israël.

France-Amérique : Le procès de Viviane Amsalem est un film en huis-clos, une plongée de deux heures dans un tribunal rabbinique. La sobriété de la réalisation est-elle un moyen de donner encore plus de force au propos ?

 

Ronit Elkabetz : Oui, mais nous n’avions pas d’autres choix. Avec Shlomi (son frère, coréalisateur, NDLR), nous voulions montrer l’histoire d’une femme qui cherche sa liberté, auprès d’un Etat et d’une justice qui l’en empêchent. Le huis-clos représente son enfermement : ce tribunal est sa prison. On n’imaginait pas montrer sa vie en dehors de cet espace clos.

C’était un parti pris assez risqué…

 

C’est vrai. Mais dès le début du projet, tout le monde a beaucoup aimé cette idée. Le film en huis-clos est un genre rare au cinéma… C’était un grand défi pour nous : réussir à montrer l’émotion, la tension et l’authenticité du personnage de Viviane et de la situation. Il fallait surtout raconter un évènement social, politique fort tout en faisant un grand film.

Les personnages du film sont complexes… Même s’il est paralysé par son archaïsme et son orthodoxie, Elisha paraît encore amoureux de Viviane. Teniez-vous à écrire un scénario sans manichéisme, décrivant l’histoire d’un couple dans ses contradictions et son intimité ?

 

Le film montre bien qu’on ne peut pas réduire les personnages aux “bons” et aux “méchants”. Il n’était pas question de diviser ainsi les personnalités : nous voulions montrer les différentes facettes des caractères humains. Ce film est avant tout l’histoire de toutes les femmes en Israël, qu’elles viennent d’un milieu laïc ou religieux, ashkénaze ou sépharade, qu’elles soient jeunes ou vieilles… Elles sont toutes égales face à la loi religieuse.

Avec votre frère Shlomi, vous êtes-vous immergés dans le quotidien de tribunaux rabbiniques pour travailler sur le scénario ? Avez-vous rencontré des femmes dans la même situation que Viviane ?

 

En Israël, il est autorisé d’assister à des procès politiques, ou sur d’autres sujets, mais il est absolument impossible d’entrer dans un tribunal rabbinique statuant sur un divorce. C’est un vrai huis-clos : nous ne pouvions donc pas y assister. Quant à d’éventuelles rencontres avec des femmes voulant divorcer, ce n’était pas vraiment nécessaire, car nous avions travaillé sur le personnage de Viviane depuis longtemps. Nous voulions surtout connaître la loi, les règles juridiques, pour ne pas faire d’erreur : on a donc donné le scénario à des avocats pour avoir leur réaction et leur expertise. Ils nous ont dit : vous êtes beaucoup trop gentils ! Selon eux, c’est pire dans la réalité. Ces avocats ont parfois à traiter des cas terribles, des femmes battues ayant des difficultés à obtenir le divorce. Notre choix était de raconter une histoire simple, pour mettre en lumière le tragique de la situation. Une femme n’aime plus son mari, et ne souhaite plus vivre avec lui, mais la loi, la force et le pouvoir sont entre les mains de son mari.

Vous dites que le choix de vos rôles passe par des “nécessités personnelles”…

 

Oui, c’était une volonté forte. Même s’il y a 12 ans, quand nous avons commencé à travailler sur le personnage de Viviane, nous ne savions pas encore que nous allions en arriver là [Le procès de Viviane Amsalem est le dernier film d’une trilogie, après Prendre femme et 7 jours, ndlr]. C’est vrai que raconter l’histoire de ce procès, de cette inégalité me tenait à cœur. En tant que membre de la communauté humaine, je veux avoir un rôle. Mes choix d’actrice sont bien sûr guidés par le projet artistique ; mais la signification profonde et l’engagement comptent beaucoup pour moi. Je crois vraiment que le cinéma a une force immense. En Israël, ce film peut faire bouger les lignes. Nous devons profiter de cette opportunité.

Le jour de la sortie du film aux Etats-Unis, le 13 février, votre film sera projeté en Israël à la réunion annuelle des juges rabbiniques. C’est une victoire pour vous ?

 

C’est exceptionnel. Quand on a été mis au courant, on a sauté de joie ! Depuis que le film est sorti en Israël, c’est devenu un véritable phénomène. Se dire que 400 rabbins vont voir ce film, c’est un sentiment incroyable. La projection va probablement être animée ; mais même si certains n’aiment pas le film, cela va provoquer le débat. Je suis sûre que le lendemain de la projection, quand ces rabbins verront leurs clients au tribunal, ils seront différents. C’est un début de victoire.

Etes-vous optimiste quant aux évolutions possibles de la loi en Israël ?

 

Etrangement, oui. La situation ne peut pas rester telle qu’elle est. En 2015, on ne peut pas avoir le droit de marcher dans la rue à moitié nue, et dans le même temps faire face à des codes moyenâgeux quand on souhaite divorcer. La loi doit s’adapter à la réalité d’aujourd’hui.

La communauté juive est très représentée aux Etats-Unis. Comment pensez-vous que votre film va être reçu aux Etats-Unis ?

 

Je ne sais pas si les orthodoxes vont aller au cinéma… Plus globalement, les réactions dans le monde sont très fortes, parce qu’il s’agit d’une histoire qui raconte la vérité du statut de la femme, depuis l’aube de l’histoire. Ce film soulève des questions fondamentales que peuvent se poser les femmes oppressées : à qui j’appartiens ? Qui décide pour moi ? Au-delà de l’histoire de Viviane, ce film traite d’un sujet universel, l’émancipation des femmes et leur place dans la société.

Au Lincoln Plaza à New York

Au Royal Movie Theater à Los Angeles

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