Echappée provençale

Un jardin d’Eden sur la Côte d’Azur

Avec son architecture Art déco enfouie dans un vaste jardin paysager méditerranéen surplombant la mer, au pied du massif des Maures entre Le Lavandou et Saint-Tropez, le Domaine du Rayol ne dévoile ses trésors qu’aux vrais amoureux de la Côte d’Azur. A ne rater sous aucun prétexte si vous êtes de passage dans le Var.
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Le Domaine du Rayol, sur la Côte d’Azur, domine les flots turquoise de la mer Méditerranée. © Guillaume Exer

Cette côte, de couleur turquoise ou indigo selon le ciel, s’est ouverte tardivement. Des siècles durant, le puissant massif des Maures repoussa les hommes. La mer et les abruptes falaises qui le bordent au sud était trop effrayantes pour les pêcheurs et la forêt qui le compose, trop épaisse et trop silencieuse pour les paysans. Il fallut attendre que le train des Pignes, reliant Hyères à Saint-Raphaël, révèle en 1890 la splendeur de cet espace au commun des mortels.

Aujourd’hui objet de convoitise, la corniche des Maures déclenche la passion et la spéculation des hommes d’affaire et des industriels. Le premier à succomber à la beauté des lieux, Alfred Théodore Augustin Courmes, est un businessman, grand voyageur et mondain parisien. Il réalise pour des sociétés des placements financiers dans les colonies, acquérant concessions minières, terres agricoles et forêts. Les parfums du grand large le hantent. Sitôt acquis un domaine de vingt hectares en bord de mer, il y fait construire en 1912 une première villa, l’hôtel de la Mer. Il l’agrémente d’un superbe jardin de plantes exotiques – araucarias, palmiers, figuiers de barbarie, acacias, eucalyptus – dont l’époque raffole. Au diable, la villa ! Sa femme la trouve trop grande et trop pompeuse. Elle lui préfère de loin une modeste ferme, perdue dans les pinèdes du domaine, et fait construire le Rayolet, une villa plus intimiste, sur le promontoire oriental de la propriété.

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Thérèse et Alfred Courmes devant leur ferme, en 1912. © Archives privées Chouanard
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L’hôtel de la Mer, construit en 1912, est représentatif de l’architecture balnéaire d’inspiration classique. Le Conservatoire du littoral a lancé une campagne de financement pour restaurer le bâtiment en 2022. © Goscha Coutellier

Après la mort d’Alfred Courmes (sans héritier) en 1934, le domaine périclite. C’est alors qu’Henry Potez, pionnier de l’aéronautique et associé de l’avionneur Marcel Dassault, l’acquiert en 1940. Il s’y installe et se lance dans d’importants travaux. Le Rayolet se mue en villa tournée vers le soleil et le paysage. Les Potez s’approprient également la plage en contrebas. Ingénieur de formation et collectionneur d’art moderne, Potez veut marier jardins et perspectives. Dans l’axe d’une pergola, il lance dans le vallon un grand escalier bordé de cyprès et de pins d’Alep. De part et d’autre, il crée de multiples petits jardins géométriques, anticipant les jardins secs faits de pierres et de plantes – qui semblent plus décora- tives que vivantes. Il enrichit aussi le domaine avec une collection de végétaux rares dont 400 espèces exotiques.

En 1989, lorsque le Conservatoire du littoral – un établissement public en charge de la protection des côtes françaises – rachète l’ensemble pour le préserver d’un projet de lotissement, c’est ce site vallonné descendant en cascade vers la mer que l’architecte paysagiste Gilles Clément va transformer en « Jardin des Méditerranées ». Avec une totale liberté, ce « jardinier » qui n’hésite pas à mettre les mains dans la terre imagine un parcours accueillant la flore, les paysages, les couleurs et les senteurs de toutes les régions du monde qui partagent l’ADN climatique et végétal de la Méditerranée.

L’esplanade de l’hôtel de la Mer et à l’horizon, les îles de Port-Cros et du Levant. © Marco Strullu

De la Californie à la Nouvelle-Zélande

Ici, pas de parterres festonnés de broderies de buis, pas de sculptures végétales ni d’alignements symétriques comme à Versailles, Vaux-le-Vicomte ou Cheverny. Gilles Clément est aux antipodes de cette conception jugée trop esthétisante. Paysagiste, botaniste, biologiste et même entomologiste, il rejette les « énergies contraires » des plantes importées sans discernement.

Exigeant, il ne sélectionne que des végétaux parfaitement adaptés aux conditions climatiques et aux sols. Défrichant, plantant, semant, organisant sans relâche, il propose sur fond de sentiers ombragés qui se croisent sans se voir un voyage dans le monde méditerranéen en multiples séquences : du jardin mexicain au jardin australien, en passant par la palmeraie, le paysage de savane, jusqu’à la vallée de fougères arborescentes de Nouvelle-Zélande. Sous les yeux ébahis du visiteur se succèdent lauriers-roses d’Espagne, palmiers dattiers d’Afrique du Nord, dragonniers des Canaries, clairières de lianes et de cactus.

Le Jardin de Nouvelle-Zélande et ses fougères arborescentes. © Goscha Coutellier
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La pergola, entre le Jardin d’Afrique du Sud et le Jardin d’Australie. © Chloé Arregoces

Quid de la mer toute proche et de la plage de sable fin, découpée dans la côte rocheuse et abrupte ? Elles ne se découvrent qu’en toute fin de parcours, après avoir traversé une dizaine de jardins dans l’odeur des pins et le chant des cigales. Comme si la beauté du paysage marin – ultime récompense du promeneur – devait justifier la découverte, pas à pas, d’une nature laissée presque à l’abandon pour souligner l’imbrication du vivant dans ce paysage. En bon écologiste, Gilles Clément rêvait d’y inclure les « jardins » des fonds marins adjacents qui, sous l’eau, prospèrent en grandes prairies de posidonies. C’est fait ! Sur demande, les visiteurs peuvent bénéficier d’une plongée accompagnée, avec masque et tuba, pour admirer la richesse de la faune et de la flore sous-marine.

Si les jardiniers en herbe peuvent acquérir, à la pépinière jouxtant la librairie de l’hôtel de la Mer, les semences et boutures des plantes emblématiques du domaine, les amateurs d’Art déco se régaleront en visitant les salons d’apparat et la salle de bain moderniste de la villa Le Rayolet. A La Ferme ou au Café des Jardiniers, les amateurs de bons produits pourront quant à eux prolonger le jardin dans l’assiette en dégustant les produits frais et bio des producteurs locaux. Dans l’antiquité, les Grecs définissaient le bonheur comme l’alliance du beau (kalos) et du bon (agathos). Nous y voilà !

 

Article publié dans le numéro de novembre 2021 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

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