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Un outil pour protéger le français au Québec

Fondé en 1961, l’Office québécois de la langue française (OQLF) lutte pour que le français reste la « langue normale et habituelle » de la province de Québec. L’institution fait la chasse aux anglicismes et met à jour un dictionnaire de trois millions de termes français. Entretien avec le porte-parole de l’office, Jean-Pierre Le Blanc.

France-Amérique : Quelle est la mission de l’Office québécois de la langue française ?

Jean-Pierre Le Blanc : Notre mission est de veiller à l’application de la Charte de la langue française. Signée en 1977, elle veille à ce que le français — la langue officielle de la province — soit la langue du travail, du commerce, des communications et des affaires. La part des Québécois qui parlent le français à la maison recule — elle est passée de 80,9% en 1996 à 77,1% en 2016. Le gouvernement ne peut réglementer l’usage du français dans le cadre privé, mais il peut le faire dans le cadre public. D’où la Charte, qui s’applique aux administrations, aux entreprises et aux écoles. Elle régule l’affichage public, la devanture des magasins et les noms de rues, la publicité et les modes d’emploi, les manuels scolaires, les offres d’emploi et les courriers administratifs. La loi prévoit des amendes en cas d’infraction.

L’OQLF a-t-il le pouvoir de sanctionner les contrevenants ?

Il arrive qu’une entreprise soit mise en demeure. En l’absence de réponse, son dossier est transmis au Directeur des poursuites criminelles et pénales, un service du ministère de la Justice du Québec. Entre le 1er avril 2016 et le 31 mars 2017, l’OQLF a enregistré 2 973 plaintes pour infraction à la « langue de documentation commerciale » (39% des cas), à la « langue de l’affichage public et commercial » (20%) ou à la « langue de service » (18%). Seuls dix plaintes ont abouti à une condamnation. En décembre dernier, le grossiste Johnvince Foods a été condamné à verser une amende de 3 000 dollars pour avoir refusé de « [rédiger] en français une publication commerciale » sur son site web.

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© Graeme MacKay/The Hamilton Spectator

Cette approche soulève de nombreuses critiques. On la dit « sévère », « autoritaire », voire « abusive ».

Il n’y aucune obligation à utiliser les termes créés par l’OQLF — notre Grand dictionnaire terminologique est prescriptif. Notre rôle est de rappeler les termes français appropriés ou de suggérer des néologismes pour remplacer les mots empruntés aux langues étrangères. Le français est une langue vivante capable de décrire le monde moderne aussi bien que l’anglais. Pour éviter hashtag, nos terminologues ont proposé « mot clic » ; « neutralité d’internet » remplace net neutrality et « travailleur plurifonction » remplace slash worker. Mais nous ne sommes pas fermés aux emprunts linguistiques. Nous avons récemment accepté cocktail, grilled cheese, baby boom, softball, parking, leader et toast.

Les anglicismes ont longtemps été perçus comme une menace pour la culture québécoise. Est-ce toujours le cas ?

Quatre-vingt pour cent des Québécois parlent français à la maison, 20% des Canadiens et 2% des Américains. Les régions limitrophes du Québec sont toutes anglophones ; elles exportent continuellement leurs produits culturels et leurs produits de consommation. Pour préserver la langue française et faire en sorte qu’elle reste vivante, il est important d’encourager l’utilisation du français. Les émigrés doivent suivre onze semaines de cours de français. Les marques anglophones, quant à elles, sont tenues de franciser leur signalétique extérieure. Les magasins d’accessoires de bureau Staples ont pris le nom de « Bureau en Gros ». Starbucks est devenu « Café Starbucks » et KFC est devenu « PFK », ou « Poulet Frit à la Kentucky ».

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