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Objet culte : le carré Hermès

Symbole d’élégance à la française depuis 1937, ce carré de soie longtemps associé au style BCBG peut se porter de mille façons : noué en foulard autour du cou, en bandeau autour de la tête, à la poignée d’un sac, en ceinture  : chaque année, les thèmes traditionnels s’y déclinent : le monde équestre, la nature, les arts ou la mythologie.

Depuis sa création en 1837 par le maître sellier Thierry Hermès, l’entreprise familiale s’impose par la qualité inégalable de sa maroquinerie. Ses descendants élargissent la gamme aux sacs, ceintures, gants et, en 1937, les héritiers Adolphe et Emile Maurice créent le célèbre carré en twill de soie de 90×90 cm roulotté à la main, et aussitôt adopté par les célébrités de l’époque. Brigitte Bardot le noue sous le menton, Jackie O. ne quitte pas son modèle favori, « Astrologie », tandis que Grace Kelly, avec ses lunettes noires et son tailleur sombre, l’incorpore à la panoplie des héroïnes hitchcockiennes.

Un canevas pour les artistes

En 1937, Robert Dumas, alors directeur d’Hermès, réalise le premier carré : « Jeu des omnibus et Dames blanches », inspiré d’un jeu de l’Oie populaire, doublé d’un clin d’œil à l’inauguration de la ligne Madeleine-Bastille. Autre modèle de référence : « Brides de Gala », dessiné par l’artiste Hugo Grygkar en 1957. Il est toujours l’une des meilleures ventes de la maison.

Sous l’impulsion de Bali Barret, directrice artistique depuis 2004, le carré s’est modernisé. Hier réservé aux femmes BCBG, on le trouve désormais en éditions limitées chez le concept-store parisien Colette, et depuis 2014, on peut l’acheter en un clic sur le site « La Maison des carrés », une boutique en ligne virtuelle où l’on trouve les formats classiques, les carrés XXL, les plissés et les nœuds papillons pour femmes. Branché, on l’a aperçu lors des défilés printemps-été 2015, en turban chez Saint Laurent et en foulards cravates chez Gucci.

Côté dessin, de célèbres artistes contemporains poursuivent ce parti-pris. Josef Albers, Daniel Buren et Hiroshi Sugimoto entre autres ont collaboré avec Hermès. En 2015, la marque a choisi le maître de l’art cinétique, Julio Le Parc, pour l’édition de dix séries de six foulards, intitulée « Variations autour de la Longue Marche », reproduite dans un livre coédité avec Actes Sud.

Une fabrication artisanale

L’artisanat est une particularité d’Hermès : le découpage et les ourlets des carrés de soie ne peuvent être réalisés qu’à la main. Une fois les dessins sélectionnés, les graveurs décalquent à l’encre de Chine et à la plume les couleurs et les contours de chaque dessin. Cette opération dure en moyenne 2 000 heures selon les modèles. Les deux collections annuelles de carrés sont développées dans une dizaine d’harmonies de couleurs et le nuancier d’Hermès, réputé pour sa gamme extrêmement large, compte environ 75 000 teintes.

La création d’un seul carré nécessite la production de trois cents vers à soie, soit l’équivalent de 450 km de fils. La soie est tissée sur les métiers de la maison Perrin & Fils, en Ardèche. Puis vient l’impression sérigraphique du motif, dite « à la lyonnaise », la soie passe dans plusieurs châssis métalliques (les cadres) qui impriment les dessins à la manière d’un pochoir.

La création d’un carré, des esquisses à la mise en vente, dure environ 2 ans. Un travail fastidieux qui justifie son prix  — 250 euros en moyenne pour un carré classique — et son succès : il s’en vend un toutes les trente minutes dans le monde ! Quand à la célèbre boîte orange, la couleur sera imposée pendant les restrictions de la Deuxième Guerre mondiale. C’était la seule couleur de papier disponible dans cette période troublée. C’est ainsi que l’orange deviendra l’emblème de la célèbre maison du Faubourg…

Article publié dans le numéro d’août 2015 de France-Amérique.

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