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Objet culte : la ballerine Repetto, de l’opéra au macadam

Inventée en 1947 et immortalisée par Brigitte Bardot au cinéma, la ballerine de danse Repetto s’est échappée de l’opéra pour devenir un accessoire de mode. Prisée des citadines, il s’en vend 500 000 paires par an. La marque française a ouverte sa première boutique américaine à New York l’hiver dernier.

En 1947, la mère du danseur vedette Roland Petit conçoit des chaussons pour son fils. Bonne couturière, Rose Repetto invente la technique du « cousu retourné » : la semelle en cuir est cousue à l’envers avant d’être retournée, évitant les frottements de la couture avec la peau et amortissant les chocs. Le succès est immédiat auprès du corps de ballet de l’Opéra de Paris : Maurice Béjart, Rudolf Noureev, Mikhaïl Barychnikov, Carolyn Carlson, tous en veulent une paire ! Rose Repetto délaisse alors son bistro pour ouvrir un atelier près de l’Opéra de Paris, puis une boutique rue de la Paix, à Paris.

L’effet « B.B. »

La ballerine devient culte lorsque Brigitte Bardot, danseuse de formation, commande à l’atelier Repetto un modèle de ville, léger et sensuel, pour le personnage virevoltant de Juliette Hardy dans le film Et Dieu créa la femme (1956) de Roger Vadim. Le film est un succès, tout comme la vente des ballerines dites « Cendrillon » en vichy rouge portées par la star, aujourd’hui rebaptisées modèle « B.B. ». Dans les années 1970, Serge Gainsbourg devient à son tour ambassadeur de la marque en portant ses fameuses « Zizi » blanches à lacets, créées à l’origine pour la danseuse Zizi Jeanmaire, la femme de Roland Petit.

Les années 1980 sont un tournant difficile pour la marque. Après le décès de sa fondatrice, la société Repetto est vendue à l’équipementier sportif américain Esmark, puis tombe dans le giron de la Caisse centrale des Banques populaires. La marque se fait oublier avant d’être relancée avec succès par l’actuel directeur Jean-Marc Gaucher (ancien dirigeant de la marque de sport Reebok en France), qui reprend l’entreprise en 1999, alors que même sa cible historique, les danseurs, la délaissent. Il décide de faire de Repetto une marque mondiale, moderne et luxeuse.

Rat des villes

La ballerine Repetto des années 2000 reprend les codes du chausson de danse classique, dans une version contemporaine. Le décolleté de la chaussure laisse entrevoir la naissance des orteils et apporte une touche de glamour. On fait appel aux danseuses classiques Dorothée Gilbert et Marie-Agnès Gillot comme égéries. Dans les boutiques, lustre à pampilles, parquets, miroirs et velours rouge s’inspirent de l’univers du spectacle et chaque boutique possède une barre d’entraînement pour l’essayage des chaussons.

Classique et féminine, la ballerine Repetto interdit la faute de goût et offre un confort qui a séduit de nombreuses citadines qui ne portent plus que ce modèle. On trouve notamment les ballerines dans le concept store parisien Colette, les boutiques Repetto et les grands magasins (Galeries Lafayette, Printemps et Bon Marché). Customisable à l’infini, le chausson est revisité pour devenir plus tendance — à paillettes, coloré, en python, à clous — et séduit une nouvelle clientèle branchée, mais le modèle « B.B. » reste le best-seller.

Un savoir-faire made in France

La marque a maintenu sa production en France. Les souliers sont fabriqués dans l’usine de Saint-Médard-d’Excideuil, une commune de 600 habitants nichée dans les collines vallonnées du Périgord Vert, en Dordogne. Cinq mille paires de chaussures y sont confectionnées chaque année, dans un cuir fin de chèvre ou d’agneau. Les peaux, originaires de France et d’Allemagne, sont minutieusement sélectionnées : le cuir doit être souple et solide, et n’est pas tanné comme une paire de chaussures classique. Les lacets, rubans et bordures proviennent des entreprises de la région de Cholet en Vendée, et les talons cuirs sont fabriqués à Romans-sur-Isère, capitale de la chaussure de luxe.

Le savoir-faire unique de fabrication du cousu retourné, inchangé depuis cinquante ans, impose une finition manuelle et des contrôles pointilleux. Une paire de chaussures passe entre les mains de huit à dix personnes et demande en moyenne 45 minutes à 1h30 de travail. Le cahier des charges, rigoureux, impose de respecter les 5,5 millimètres d’épaisseur des semelles des ballerines. Plus de la moitié de sa production est destinée à l’exportation. Après l’Asie et le Brésil, la marque est arrivée l’hiver dernier aux Etats-Unis avec une première boutique à Manhattan, sur West Broadway, juste à côté d’une autre enseigne française spécialisée dans le luxe pour enfants : Bonpoint.


Article publié dans le numéro de juin 2015 de France-Amérique

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