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Martin Scorsese met Gaspard Ulliel au parfum

Gaspard Ulliel, nouvel ambassadeur du parfum Bleu de Chanel, s’est laissé guider dans les rues de New York par Martin Scorsese pour la réalisation d’une publicité, diffusée actuellement sur les écrans. Entretien.

France-Amérique: Vous êtes le nouvel ambassadeur de la marque Chanel, dont le film publicitaire réalisé par Martin Scorsese est diffusé en ce moment. Comment s’est faite la rencontre entre Chanel, Scorsese et vous ?

Gaspard Ulliel : La maison Chanel m’a contacté pour un parfum. J’avais refusé ce type de proposition jusque-là. J’ai accepté sous réserve de connaître le réalisateur du film publicitaire. Quand j’ai su que Martin Scorsese serait derrière la caméra, évidemment, je n’ai pas hésité une seconde. Le tournage a duré cinq jours, à New York. Cinq jours, où j’ai pu observer les manies du maître. Il écrit tout : storyboard, notes d’intention, mouvements de caméra, découpages, tout est carré ! Il s’isole après les prises, puis revient sur le plateau et dirige calmement. Je n’avais pas l’impression de tourner une publicité. D’abord parce que le film, même si son format est très court, est narratif. Ensuite parce que l’équipe technique était digne d’un long métrage. Le chef opérateur, Stuart Dryburgh, qui a conceptualisé l’image de La leçon de Piano, a fait un excellent travail. Visuellement, c’est magnifique. Le film a une vraie énergie, avec les Stones en bande-son.

F. A.: Et hors plateau, comment est Martin Scorsese ?

G.U. : Il est très drôle. Nous avons partagé un verre dans son bureau, j’avais l’impression d’être avec un ami, c’était très « casual ». Il a un visage si sympathique

F. A.: Le monde de la mode vous fascine-t-il ?

G.U. : Mes parents sont stylistes, je baigne dans ce milieu depuis l’enfance. Et Paris est une ville inspirante en matière de mode. Je suis sensible aux belles choses, mais je n’en fais pas une obsession. Longchamps m’a proposé une campagne de pub avec Kate Moss, dans un esprit Nouvelle Vague, je me suis laissé tenter. J’ai trouvé le shooting Longchamps au Flore très amusant, tout comme le shooting avec Paolo Roversi en mars 2010, pour le New York Times . Ce phénomène revient : la mode se rapproche du cinéma. Audrey Tautou et Marion Cotillard sont d’autres exemples qui soulignent cette tendance.

F. A.: Vous étiez à Cannes en mai pour le film de Bertrand Tavernier La princesse de Montpensier. Quels sentiments vous a inspiré la montée des marches, sept ans après Les Égarés de Téchiné ?

G.U. :J’étais très ému de me retrouver sur ce tapis, tout comme Bertrand, qui n’avait pas eu de films en compétition à Cannes depuis longtemps. Son émotion, manifeste, s’est [distillée] au sein de l’équipe. La princesse de Montpensier est exactement ce dont j’avais besoin dans ma carrière en ce moment. Le film sera diffusé à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, grâce à l’achat des droits par IFC.

F. A.: Vous alternez les films grand public et le cinéma d’auteur. Avez-vous peur d’être catalogué ?

G.U. : Oui, j’ai voulu toucher à tout, ne pas m’enfermer dans un style de cinéma. J’ai fait des films pointus qui donnent du galon et des films moins élitistes. Avec le recul, je me dis que j’ai peut-être fait une erreur. Dans la profession, on ne sait plus trop où me placer. Les puristes du cinéma d’auteurs ne tolèrent pas trop les escapades dans l’univers du film grand-public. Aux États-Unis, on colle moins facilement des étiquettes, les réalisateurs sont plus ouverts au changement de registre, de famille, de cinéma. Je suis sensible à plein de styles de cinéma, j’adore Tarkovski et Bergman. J’aime aussi le cinéma moins cinéphile. Quand j’ai commencé, je faisais mes choix de films de manière aléatoire et naïve. Maintenant, j’essaie de construire une trajectoire artistique. Un acteur a besoin d’acquérir une notoriété pour se payer la liberté du choix…

F. A.: Vous avez pour projet de réaliser. Quelle histoire voudriez-vous raconter ?

G.U. : J’essaye d’écrire depuis plusieurs années, mais je suis très perfectionniste et je ne suis jamais satisfait. Je voudrais traiter de l’humain, des sentiments, faire un film intimiste axé sur un personnage. En ce moment, j’écris avec un ami : partager la plume est un exercice difficile. J’ai le syndrome français de la fascination pour le scénario original, hérité de la Nouvelle Vague et de la politique des auteurs. Il y a quelque chose de jouissif à écrire son propre scénario. [En même temps, l’adaptation peut servir de cadre contraignant qui sert la création]. Les Américains sont une fois encore plus décomplexés que nous par rapport à la question du texte.

F. A.: Qui sont vos mentors dans la profession ?

G.U. : Jacques Ometzguine et André Téchiné. Ils m’ont initié au jeu, ils ne m’ont pas lâché sur le tournage, j’ai beaucoup appris.

F. A.: Avec quels réalisateurs et acteurs américains rêveriez-vous de tourner ?

G.U. : Avec Gus Van Sant, bien sûr. Nous sommes en contact, je pense que ce projet se réalisera.  Parmi les jeunes metteurs en scène qui se démarquent, j’adore James Gray – de film en film il impose son style – et Paul Thomas Anderson. J’aime le fait Woodie Allen choisisse ses acteurs pour des rôles à contre-emploi, même si ce n’est pas forcément le cinéma que je préfère en temps que spéctateur. Je nourris un profond respect pour Sean Penn, dont la carrière est exemplaire. Léonardo DiCaprio m’impressionne : il a su se défaire des habits du jeune poupon, son jeu est expérimental. DiCaprio est un modèle générationnel. Il parait qu’il écrit des préfaces de livres d’art contemporain. J’aimerais beaucoup discuter avec lui. Enfin, je fais la révérence devant la soyeuse Kate Blanchett, dont je suis le premier fan.

F. A.: Et si Kate Blanchett vous le demandait, vous habiteriez aux Etats-Unis ?

G. U. : Pourquoi pas. New York me prend par les tripes, il se passe quelque chose dans cette ville. Scorsese rend parfaitement compte de cette impression dans After Hours .

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