Entrepreneur

La Française qui réinvente l’e-mail

Mathilde Collin, la cofondatrice de Front, s’est installée à San Francisco pour se rapprocher de ses clients et de ses investisseurs. A la tête d’une start-up de 300 salariés, elle veut « rendre le travail plus heureux », en commençant par le courrier électronique.
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© Front

A l’heure des réseaux sociaux et de WhatsApp, le courrier électronique est souvent vu comme un outil de communication un peu vieillot. Pourtant, un demi-siècle après l’envoi du tout premier courriel en 1971, la messagerie électronique peut encore se réinventer et aider les entreprises à mieux gérer les échanges avec leurs clients. C’est le pari de Mathilde Collin, cofondatrice de Front. Cette start-up née à Paris en 2013, puis installée en Californie quelques mois plus tard, propose aux professionnels un outil pour répondre de façon collaborative aux messages, qu’il s’agisse de demande d’informations, de support technique ou de commandes.

« Notre but est de rendre la communication par e-mail plus humaine et plus efficace », résume la PDG de Front, lors d’un entretien Zoom depuis le siège de l’entreprise, un gigantesque immeuble au centre de San Francisco qui abrite aussi les locaux de Uber et de Square. Plus de 7 000 entreprises, dont Airbnb, Hulu et Lyft utilisent les logiciels de Front et la start-up emploie plus de 300 personnes à San Francisco, Chicago, Dublin et Paris. Front a levé au total 138 millions de dollars depuis sa création et le magazine économique Forbes l’a placée il y a deux ans dans sa liste des futures start-up à un milliard de dollars.

Loin des clichés sur la tech américaine

Si Mathilde Collin présente, à bien des égards, toutes les caractéristiques des entrepreneurs à succès de la tech californienne, la jeune mère de famille, qui parle vite et avec passion, raconte une toute autre histoire. Celle-ci commence, à sa sortie de HEC, par une déconvenue professionnelle. « Après avoir eu mon diplôme, j’ai bossé pendant un an dans une start-up où j’ai beaucoup appris, mais où la culture d’entreprise était vraiment horrible. J’étais très malheureuse », confie celle qui indique avoir toujours été intéressée par le bien-être et l’engagement au travail. « J’ai eu la chance d’être une enfant très heureuse, très positive, et quand je voyais des gens qui n’étaient pas contents d’aller au travail, je me disais que c’était un gâchis énorme. Du coup, en créant une société, j’avais la possibilité de créer un environnement de travail qui me semblait bon, mais aussi un produit qui change la façon dont les gens travaillent. » Elle franchit le pas avec la conviction que l’e-mail professionnel, souvent source de stress et de frustration au niveau individuel, peut devenir un outil de communication plus efficace et plus satisfaisant s’il permet aux employés de collaborer.

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Les deux fondateurs de Front : Mathilde Collin et Laurent Perrin. © Front
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L'équipe de Front pendant une retraite à Palm Springs, en Californie, en 2019. © Front

Au départ, ni Mathilde Collin ni le cofondateur de Front, le polytechnicien Laurent Perrin, ne pensaient quitter la France. « Je n’avais pas du tout prévu de partir dans la Silicon Valley », se souvient-elle. « La décision a été pragmatique : plus de 80 % des entreprises qui se sont inscrites pour tester notre produit étaient aux Etats-Unis. Donc je suis partie pour quelques jours afin de les rencontrer et je me suis rendue compte que nos clients et nos investisseurs, en tout cas au début, seraient aux Etats-Unis. »

Sur place, elle découvre « une énergie qui n’existait pas du tout en France il y a sept ans ». La jeune pousse est repérée par Y Combinator, un des accélérateurs de start-up les plus réputés, et commence à lever des fonds sur place. Autant de raisons qui la poussent à s’installer à San Francisco avec la toute petite équipe de Front… et son mari. Sept ans plus tard, elle définit la culture de l’entreprise comme « 50 % française et 50 % américaine. Nous nous différencions en partie par nos racines. Cela peut sembler un peu cliché, mais les Français ont un scepticisme et un réalisme qui créent un très bon équilibre avec l’enthousiasme et l’ambition que l’on trouve aux Etats-Unis. Cela permet de pouvoir se dire honnêtement ce qui va et ce qui ne va pas, sans tomber dans le everything is awesome. »

Une entrepreneuse engagée

Toujours habitée par la volonté de « rendre le travail plus heureux » (la formule figure en bonne place, et en gros caractères, sur le site de Front), Mathilde Collin est intarissable sur les valeurs de son entreprise : transparence, bienveillance, exigence, collaboration et low ego (« J’ai très peu de tolérance pour l’arrogance »). Des valeurs qu’elle ne cesse de mettre en avant dans ses apparitions publiques ou dans les points de vue qu’elle rédige sur Medium ou pour Inc. ou Fast Company. « J’écris pour rendre plus concrète la réalité de l’entreprenariat, parce que cela peut inspirer certaines personnes à franchir le pas. Cela me permet aussi de clarifier mes pensées et de prendre mes responsabilités : si je dis quelque chose publiquement, je suis obligée de le faire. »

Quitte à passer pour un ovni dans une Californie où le culte de la performance est érigé en modèle absolu. Par exemple, quand elle explique comment elle a supprimé les applications et les notifications de son smartphone ou incité ses employés à réduire leur temps d’écran… en leur offrant 100 dollars de récompense. Farouche partisante de la déconnexion, elle a cessé toute activité de PDG pour prendre 18 semaines de congé à la naissance de sa fille, il y a un an et demi. Son dernier cheval de bataille ? La semaine de quatre jours, matérialisée par l’instauration d’un Flexible Friday : une journée par semaine pendant laquelle les salariés de Front ont le droit d’être injoignables.

Ses week-ends à San Francisco, où elle réside toujours, se passent entre amis (« beaucoup de Français, on a recréé une petite communauté »), sport, bénévolat et grands espaces. Elle rentre en France tous les étés « pendant deux mois, pour passer du temps avec nos familles et pour que notre fille connaisse le pays qui nous tient à cœur ». Mais Mathilde Collin n’envisage pas de quitter cette Californie découverte presque par hasard. « Il y a des choses que j’ai aimées à San Francisco dès le départ et que j’aime toujours autant : être entourée de gens hyper positifs, avoir un ciel bleu quasiment tous les jours… Cela a un impact sur mon bonheur et cela a un impact sur l’entreprise. »

 

Article publié dans le numéro de mars 2022 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

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