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Invasion des Etats-Unis : le complot franco-canadien

Entre 1840 et 1930, un million de Canadiens francophones ont traversé la frontière américaine, la plupart pour aller travailler dans les usines textiles du Maine, du New Hampshire, du Massachusetts et du Rhode Island. Cette vague d’immigration a effrayé les Etats-Unis, affirme le chercheur David Vermette, originaire du Massachusetts, dans son livre A Distinct Alien Race: The Untold Story of Franco-Americans. Les journaux de l’époque publièrent des articles d’une rare violence contre les Canadiens-Français catholiques, écoles et églises furent menacées, le Ku Klux Klan connut un regain d’intérêt et une théorie du complot des plus folles commença à prendre forme.


France-Amérique : Quel était le climat politique aux Etats-Unis lorsque les premiers Canadiens-Français émigrèrent en Nouvelle-Angleterre au milieu du XIXe siècle ?

David Vermette : L’anticatholicisme a des racines anciennes aux Etats-Unis. Pendant la guerre d’Indépendance, les Américains avaient peur que le roi d’Angleterre envoie des Canadiens-Français catholiques trancher la gorge des bons protestants. Au milieu du XIXe siècle, le mouvement Know Nothing — parti politique anti-catholique et anti-immigration, mais aussi société secrète — a mené des attaques contre des quartiers catholiques et incendié des églises aux quatre coins du pays. Et cette vague d’immigration catholique en provenance du Québec – pour la plupart des ouvriers non qualifiés – a coïncidé avec une nouvelle vague d’anticatholicisme à la fin du XIXe siècle. Jusqu’au début du XXe siècle, les catholiques étaient souvent dépeints comme des terroristes et des citoyens infidèles.

Comment la situation a-t-elle dégénéré ?

En 1881, un rapport publié par le très officiel Bureau of Labor Statistics du Massachusetts affirmait que les Canadiens-Français étaient « les Chinois des Etats de l’Est ». Une déclaration explosive dans le contexte de l’époque. En effet, le Congrès américain envisageait alors de restreindre toute immigration en provenance de l’empire du Milieu, ce qui sera finalement fait en mai 1882, avec le vote de la Loi d’exclusion des Chinois. Ce même rapport prétendait par ailleurs que les travailleurs canadiens-français ne s’intéressaient pas aux institutions démocratiques, qu’ils étaient ignorants et s’opposaient à l’instruction de leurs enfants.

Quelles furent les conséquences de ce rapport ?

Ces accusations furent reprises par de nombreuses publications, dont le New York Times, et une théorie du complot visant les Canadiens-Français commença à prendre forme. Théorie selon laquelle l’Eglise catholique avait envoyé des travailleurs Canadiens-Français en Nouvelle-Angleterre afin d’en prendre le contrôle politique. Puis que le Québec déclarerait son indépendance, annexant au passage le nord-est des Etats-Unis et ferait ainsi revivre la Nouvelle-France !

Ces allégations étaient-elles fondées ?

Les experts et soi-disant reporters qui ont relayé ces théories l’ont fait sur la seule base de leurs propres idées préconçues. Ils ignoraient tout ou presque de la culture des Canadiens-Français et faisaient souvent une montagne de détails anodins. Par exemple, de nombreux Canadiens-Français appartenaient à des associations de bienfaisance liées à leur paroisse, similaire à la Société de Saint-Vincent de Paul ou la Ligue du Sacré-Cœur, mais qui n’étaient en rien des organisations politiques secrètes.

Vous écrivez que la langue était un autre facteur de discrimination. Ces migrants parlaient français, ce que beaucoup d’Américains considéraient comme une déloyauté envers Washington.

Même après la cession du Canada aux Britanniques en 1763, les Canadiens-Français ont conservé leur langue et ils ne voyaient pas pourquoi il n’en allait pas de même aux Etats-Unis. Pour eux, parler français et être loyaux envers le gouvernement américain n’était pas incompatible. Ils considéraient les Etats-Unis comme une mosaïque de nationalités partageant un même drapeau et jouissant des mêmes droits. Les Canadiens-Français de la Nouvelle-Angleterre furent parmi les premiers à défier l’anglo-conformité et à poser la question : qu’est-ce que cela signifie être Américain ?

Comment la majorité américaine a-t-elle réagi à cette déclaration d’indépendance culturelle ?

Le Ku Klux Klan, relancé en 1915 et qui voulait devenir une organisation à l’échelle nationale, commença à harceler les catholiques canadiens-français de la Nouvelle-Angleterre, cherchant à intimider les immigrés, attaquant leurs églises et incendiant une école française catholique dans le Massachusetts. A Lewiston, dans le Maine, le KKK fit exploser des bombes et brûla une croix lorsque son candidat, Ralph Owen Brewster, fut élu gouverneur en 1924. Le KKK n’était pas aussi sans foi ni loi et violent que dans le Sud, mais il était puissant et peut-être plus visible, organisant au grand jour d’immenses parades. Certains membres du Klan ne couvraient pas leur visages lorsqu’ils défilaient. En réponse, les Canadiens-Français mirent sur pied un groupe de défense, Les Vigilants, ou PPP (Progrès, Protestation, Punition), pour en découdre avec les hommes du Klan.

Dans votre livre, vous faites un parallèle entre les migrants canadiens-français d’il y a cent ans et les migrants hispaniques d’aujourd’hui. Pourriez-vous développer ?

Dans les deux cas, les alarmiste considèrent les immigrants comme une menace envers la culture anglo-protestante, considérée comme la pierre angulaire de l’identité américaine. La conformité à l’anglais et l’enseignement bilingue ont donné lieu à bien des débats. On s’inquiète de la cohésion culturelle des Canadiens-Français et des Mexicano-Américains, ainsi que de leur concentration aux frontières. Enfin, aujourd’hui comme il y a un siècle, on craint une tentative de reconquête du territoire américain par un pays voisin.


A Distinct Alien Race: The Untold Story of Franco‑Americans
de David Vermette, Baraka Books, 2018. 394 pages, 25,95 dollars.

  • Thank you so much for this article! My great grandparents came to work in the textile mills of upstate New York. I have ordered the book, and can’t wait to read it!

  • I absolutely love this book! I recommended it to several friends and family members and believe it should be required reading in history classes. George Santayana said, « those who cannot remember the past are condemned to repeat it. » If we do not learn from that valuable piece of our history we will replay this prejudice over and over.

  • I thoroughly enjoyed reading this book! It helped me to gain understanding and knowledge of my own ancestors’ living conditions and struggles upon leaving Quebec. Mr. Vermette includes many fascinating details about factory life in New England in the late 19th and early 20th century. Researching my ancestors, this book has helped me gain perspective when working on genealogy.

  • Peut-être le livre de M. Vermette en parle-t-il, mais les Canadiens (c’est le nom qu’ils se donnaient et non Canadiens-Français) immigraient vers les Etats-Unis parce que l’ouest canadien leur était fermé. Le gouvernement fédéral canadien ne voulait pas de Canadiens dans l’ouest mais plutôt des immigrants anglo-saxons venant d’Ecosse, d’Angleterre, d’Irlande et d’autres pays européens plus anglophiles.

  • Bonjour, Hi ! As you may know the Tremblay family is the largest family in the Quebec province. We are more than 80,000 descendants of our french ancestor Pierre Tremblay from Normandy. In North America we count around 150,000 of us. Many Tremblays have migrated in the North East states as mentioned in the article. Some came back and some stayed. After 3 or 4 generations, French language is almost lost except for elders. Tremblays are gathered into a family association: http://tremblay.genealogie.org/index.htm

  • Hello Belanger cousin. My grandfather, Israel Belanger, managed woolen mills in Vermont, Massachusetts and Upstate New York. My father, Achille Joseph Belanger, was an oiler at the age of eight.

  • Très interessant pour un Français, Breton, qui depuis une dizaine d’annees découvre les USA. Amoureux de la Louisiane, et surtout de ses musiques je reste, depuis Paris, en contact le plus possible avec quelques amis cajuns. Si je rejoins ce groupe c’est pour développer ces contacts et aussi pour signaler aux participants americains que je suis a leur disposition pour faciliter leurs contacts avec leur autre « mère patrie ».

  • A la suite de l’article sur les « peurs » des protestants anglais a l’égard des « horribles » catholiques canadiens, je souhaite rejoindre votre groupe.

  • « Ces accusations furent reprises par de nombreuses publications dont le New York Times et une théorie du complot visant les Canadiens-Français commença à prendre forme. » Pourquoi ne suis-je pas surpris ? Le NYT a décidément un très lourd passif.

  • Superbe article apprecie d’une descendante de l’mmigration de 1902, a Woonsocket et ensuite à New Bedford, tout près. J’ai fait des recherches généalogiques remontants jusqu’a 1642 à La Rochelle, France de l’immigre Robert Cormier et sa famille.
    Denise Cormier Enderle
    enderledc@aol.com

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