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« 12 jours » : la folie face à la justice

Le documentariste Raymond Depardon donne la parole aux pensionnaires d’un établissement psychiatrique internés sans leur consentement. Le film interroge sur les frontières de la folie et les limites de la justice.

Autrefois, en France, la décision d’hospitaliser une personne contre son gré reposait sur le seul psychiatre et s’exerçait sans regard extérieur. Depuis 2013, en guise de garde-fou, la loi exige que chaque patient, dans les 12 jours qui suivent sont internement, s’entretienne avec un juge qui examinera le bien-fondé de son hospitalisation. Passionné par la justice et la psychiatrie, le célèbre documentariste Raymond Depardon (Faits divers, Urgences, Délits Flagrants) a obtenu l’autorisation exceptionnelle de filmer, à l’intérieur d’un hôpital de Lyon, ces audiences durant lesquelles un magistrat doit décider, en quelques minutes, du maintien ou non dans l’établissement d’une personne internée.

De l’employée en détresse évoquant le harcèlement de ses supérieurs à cette jeune mère fragile qui voudrait revoir sa fille de deux ans, en passant par cet homme qui demande à la juge des nouvelles de son père qu’il a assassiné dix ans plus tôt, les dix témoignages sélectionnés renvoient une image sidérante de la vulnérabilité sociale contemporaine. « J’ai tenté de donner un point de vue universel et nouveau sur le problème de la santé mentale. Je suis sorti grandi de ce film qui donne la parole à ceux qui sont momentanément enfermés dans leur esprit et en ont perdu l’usage », souligne le cinéaste dans sa note d’intention. « Ces personnes vulnérables témoignent de leur histoire intime mais aussi à leur façon de l’histoire politique, sociale et morale de la France. »


Comme dans ses précédents documentaires, Depardon parvient à se faire oublier pour laisser toute la place à la parole de ses sujets. Les témoignages sont livrés sans voix-off. Trois caméras seulement : l’une sur le visage du juge, l’autre pour le malade, la troisième pour les plans d’ensemble dans les couloirs et les allées de l’hôpital. « Ces axes de prise de vue permettent de donner une équidistance entre le patient et le magistrat, pour ne pas imposer un point de vue dominant et laisser le spectateur libre de se faire sa propre opinion », précise t-il. La force du film est de ne pas porter de jugement condescendant, ni envers les malades, ni envers les magistrats. Depardon se montre humaniste sans être moralisateur. S’il prend acte de la complexité de chaque situation, Depardon donne à voir la prudence extrême des magistrats qui se rangent systématiquement du côté de l’avis médical. 

Sortie américaine : 16 mars
Réalisateur : Raymond Depardon
Durée : 87 mn
Distributeur : Distrib Film US

Article publié dans le numéro de février 2018 de France-Amérique.

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