Albertine Diaries

Alain Gomis : aux Etats-Unis sur les traces de Thelonious Monk

Chaque mois, France-Amérique donne la parole aux pensionnaires de la Villa Albertine, l'institution culturelle du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, qui propose un programme annuel de 60 résidences artistiques et culturelles aux Etats-Unis. En juin, le réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis, qui a parcouru le pays sur les traces du pianiste de jazz Thelonious Monk.
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© Samuel Kirszenbaum

En décembre 1969, la légende américaine du jazz est à Paris. Avant un concert à la salle Pleyel, Thelonious Monk entre dans le studio de l’ORTF pour enregistrer l’émission Jazz Portrait. Dans les rushes, on voit le musicien au piano : il joue sous le regard dédaigneux du producteur Henri Renaud et de ses collègues, qui fument et parlent technique, accoudés à l’instrument. Des images coupées au montage.

« C’est représentatif de ce que les musiciens noirs devaient endurer, avec des gens à la fois admiratifs de leur travail et irrespectueux », explique Alain Gomis, qui a obtenu ces épreuves et en a tiré le documentaire Rewind and Play. (Le film a récemment été présenté au festival Hot Docs de Toronto et au DOXA Documentary Film Festival de Vancouver et sera projeté au New York Film Festival les 8 et 10 octobre.) « Ces images nous donnent accès au Thelonious Monk qui vit entre les prises. On y découvre aussi la machine médiatique à l’origine de nombreux stéréotypes : en ce qui concerne Monk, le musicien noir, génie incompris et excentrique, qui a installé son piano dans sa cuisine… Il expliquera que c’était la seule pièce où il avait la place de le mettre, mais sa réponse a été supprimée. »

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Thelonious Monk au Minton’s Playhouse, à Harlem, en 1947. © William P. Gottlieb/Library of Congress

Dépasser les idées préconçues sur Thelonious Monk et s’imprégner de son Amérique pour écrire un second long métrage inspiré de sa vie, Sphere, « un film de fiction sans chronologie, comme un puzzle » : voilà l’objectif de ces six semaines passées aux Etats-Unis. « C’est facile de romantiser le jazz. Quand on ne vit pas sur place, on n’en reçoit que la mythologie. »

A New York, Alain Gomis a rencontré le fils du pianiste et a visité l’immeuble où il a vécu, au 243 West 63rd Street – un block miraculé, laissé intact alors que le reste du quartier a été rasé dans les années 1950 pour laisser place au Lincoln Center. Cette portion de la rue a depuis été renommée « Thelonious Monk Circle ». Il s’est aussi rendu à Weehawken, dans le New Jersey, où Thelonious Monk a fini sa vie dans la maison de son amie, la baronne franco-anglaise Pannonica de Koenigswarter.

Sans oublier les clubs qui ont compté dans la carrière du musicien : le Minton’s Playhouse de Harlem, le Jazz Gallery, le Five Spots Café, fermé en 1967, le Village Vanguard et le Blue Note. « C’est là que j’ai compris l’industrie de la petite salle. Les propriétaires, blancs pour la plupart, entassent le plus de spectateurs possible et les évacuent aussitôt le set terminé. Les musiciens, noirs pour la plupart, enchaînent les représentations pour gagner leur vie, sans aucun amortisseur social. La sociologie du jazz n’a guère changé depuis les années 1950… »

Alain Gomis a également visité Cambridge et la Harvard Film Archive, qui possède de nombreuses images du pianiste, ainsi que Los Angeles. « Je voulais m’immerger dans la scène jazz actuelle et rencontrer des artistes comme Terrace Martin, Kamasi Washington et Robert Glasper, qui mêlent jazz, pop et hip-hop. J’étais curieux de voir comment la musique de Thelonious Monk résonne aujourd’hui. »

 

Article publié dans le numéro de juin 2022 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

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