The Wordsmith

Plus dure sera la rentrée

Pour les Français, septembre marque la reprise générale de l’activité après les congés d’été. Tout redémarre d’un seul coup dans les usines, les bureaux, les écoles. Un phénomène étonnant vu des Etats-Unis, où on ignore la culture des grandes vacances et où les commerces ne ferment pratiquement jamais.
© Sylvie Serprix

Chaque année, en France, à l’approche de l’été, les interrogations fusent. Comment va se passer la rentrée ? Quel sera le climat social ? Quelle sera l’ampleur des grèves et des manifestations syndicales? Et chacun de prédire un mois de septembre agité, si ce n’est explosif. Ce que les Français appellent la rentrée correspond à la période de reprise généralisée des activités économiques et sociales après les congés d’été.

Pour les Américains, une telle effervescence est source d’étonnement. Pourquoi, eux, rentreraient-ils alors qu’ils ne partent pas ? Certes, ils prennent des vacances, mais pas autant que les Français et pas nécessairement en été. Alors que, de Paris à Lille et à Lyon, en juillet et plus encore en août, tout fonctionne au ralenti dans l’Hexagone. Quantité d’usines sont à l’arrêt. Les bureaux se vident. Beaucoup de commerces tirent leur rideau. Surtout, une partie importante de la population déserte les grands centres urbains pour aller se prélasser au bord de la mer et dans les autres zones touristiques.

Tous les Français ou presque partent en même temps, tous reviennent plus ou moins au même moment. On se déplace du nord vers le sud au début de l’été, dans l’autre sens deux mois plus tard. Qui dit départs et rentrées dit nécessairement bouchons, lesquels prennent souvent une dimension cauchemardesque. Notamment au moment du fameux « chassé-croisé », ce weekend de grande affluence où se rencontrent sur les routes les « juilletistes », ceux qui partent en vacances en juillet, et les « aoûtiens », qui préfèrent le mois d’août. On comprend que, dans ces conditions, le retour à la vie active n’est pas spécialement joyeux. « Dure, dure la rentrée ! », se disent chaque année les Français.

Les petits vivent également les affres de la rentrée. En septembre, les écoles rouvrent leurs portes après plusieurs semaines d’interruption des cours. Pendant quelques jours, il n’est question que de cela. Le nombre de classes sera-t-il suffisant ? Manquera-t-on de professeurs ? Quid des nouveaux programmes ? Les commerçants, pour leur part, se frottent les mains : grâce à la vente de fournitures scolaires et de vêtements pour les élèves, leur chiffre d’affaires s’envole pendant quelques jours.

Comme leurs aînés, les plus jeunes rentrent tous en même temps, mieux, le même jour. Il n’est pas difficile d’imaginer la ruée ainsi occasionnée sur les établissements scolaires. Rien de tel en Allemagne et en Espagne, par exemple, où les cours reprennent, selon les Länder ou les régions autonomes, de la fin juillet à la mi-septembre. Et encore moins aux Etats-Unis, où la date de rentrée varie d’un comté à l’autre, sachant qu’en outre les écoles privées ont toute liberté pour leur calendrier.

A la même époque, toujours vers la fin de l’été, donc, le monde du livre en France est lui aussi en ébullition. C’est l’heure de la rentrée littéraire. En quelques semaines, de fin août à début novembre, des centaines de romans, soit une bonne part de la production annuelle, font leur apparition en librairie. La tension ira en grandissant puisque tous les grands prix littéraires (Goncourt, Renaudot, Médicis, Fémina, Décembre…) seront décernés, dans la foulée, vers fin octobre, début novembre.

En vérité, c’est l’ensemble du monde de la culture qui est entraîné dans le mouvement. Qu’il s’agisse d’expositions, de films, de pièces de théâtre et de spectacles en tout genre, la rentrée automnale est le moment crucial de l’année. Celui où les entreprises du secteur réalisent une grande part de leur chiffre d’affaires.

Pour couronner le tout, si l’on ose dire s’agissant d’un pays qui a envoyé son roi à l’échafaud, la classe politique est également de retour. A commencer par les membres du gouvernement, qui retrouvent le chemin de l’Elysée pour le premier conseil des ministres après l’été. Tandis que députés et sénateurs, après un mois de pause, reprennent eux aussi leurs travaux. C’est ce qu’on appelle… la rentrée parlementaire.

Tout le monde n’est certes pas logé à la même enseigne. Pour ceux qui sont restés chez eux pendant la longue trêve estivale, et il y en a quand même beaucoup, des Français parmi les plus modestes la plupart du temps, la rentrée est moins douloureuse. Maigre consolation, mais consolation quand même.


Article publié dans le numéro de septembre 2023 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

Le meilleur de la culture française

Publié dans un format bilingue, en français et en anglais, le magazine France-Amérique s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à la culture française et à l’amitié franco-américaine.

Déjà abonné ?