The Wordsmith

Irréductibles Gaulois !

Il n’est pas rare que les Français soient renvoyés à leurs origines celtiques. En général pour stigmatiser leur esprit frondeur et leur goût pour les chamailleries. A l’image du célèbre Astérix.
© Hachette Livres/Goscinny-Uderzo

Familier des sorties hasardeuses, le président Emmanuel Macron mettait en opposition, en août 2018 à Copenhague, les Danois, « peuple luthérien » ouvert aux réformes, et les Français, qu’il qualifiait de « Gaulois réfractaires au changement ».

Que vaut donc aux ancêtres des Français cette réputation de rebelles irréductibles ? La faute, en partie, à Obélix, Assurancetourix, Panoramix et leurs acolytes des aventures d’Astérix, dont le dernier album, L’Iris blanc, est sorti en octobre dernier. Parce que les héros de cette bande dessinée n’aiment rien tant que se battre – avec le succès qu’on connaît – contre les légions de César, on leur attribue un caractère bien trempé et un bellicisme immodéré. C’est connu : les Gaulois n’avaient peur que d’une chose, que le ciel leur tombe sur la tête. Il ne s’agit pas d’un mythe, mais d’une croyance religieuse qui leur était propre. Persuadés que la voûte céleste est maintenue par des colonnes, ils pensaient que cette dernière s’effondrerait la fin du monde venue.

Gallia, qui a donné Gaule (et l’adjectif anglais Gallic, « gaulois », devenu avec le temps synonyme de français), est le nom attribué par les Romains à divers territoires occupés depuis au moins le IIe millénaire avant J.-C. par des populations celtiques originaires d’Asie mineure via l’Europe centrale. Vu de Rome, on distinguait la Gaule cisalpine, l’Italie du Nord, et, au-delà des Alpes, la Gaule transalpine. Cette dernière se divisant elle-même en Gallia togata, la « Gaule en toge », déjà romanisée, et Gallia comata, la « Gaule chevelue », celle justement que César conquit entre 58 et 51 avant J.-C. et dont Vercingétorix (et Astérix) incarna avec brio la résistance.

Les habitants de ce qui, schématiquement, est devenu la France et la Belgique étaient apparentés sur le plan ethnolinguistique aux peuples qui vivaient en Irlande, en Ecosse, au pays de Galles et en Angleterre et dont les langues étaient, pour simplifier, le goïdélique, le gaélique, le gallois et le brittonique. Seul ce dernier a totalement disparu, supplanté par le parler germanique importé du continent par les envahisseurs anglo-saxons à partir du Ve siècle de notre ère.

Sur l’étymologie du mot Gaule, les avis divergent. D’aucuns, on l’a dit, pensent qu’il serait tout simplement issu du latin Gallia. Selon une autre thèse, il faut se tourner vers le francique walh, utilisé par les Germains pour désigner les peuples celtophones ou romanisés. Quoi qu’il en soit, les mots « gaulois », « gallois » ou encore « wallon » ont une racine commune. De même que Wales (le pays de Galles en anglais), le « w » correspondant au « g » dans les idiomes germaniques dont l’anglais est issu. Une correspondance que l’on retrouve dans les dualités guerre/war, garant/warrant, garde/ward, gagner/win, Guillaume/William

Le temps a passé. Des langues celtiques parlées en Gaule, seul le breton a survécu dans la partie occidentale de l’Armorique. Nul doute : issu du gallo-romain, le français est bien une langue romane, tant par sa syntaxe que par son lexique. Même si ce dernier s’est enrichi au fil des siècles de multiples apports, qu’il s’agisse du francique (la langue des Francs), du néerlandais, de l’italien, de l’anglais ou de l’arabe.

Mais le français a hérité aussi quantité de vocables de la langue gauloise. Quelquefois au détriment du latin, à l’instar de « chêne », issu de cassanos et non de quercus. Parmi les autres mots que nous ont légués les Gaulois, et dont beaucoup ont trait à la nature, on trouve « alouette », « arpent », « bouc », « bouleau », « bruyère », « chemin », « érable », « lande », « mouton », « sapin », « taureau » et « ruche ». Mais également « auvent », « benne », « charpente », « glaive », « javelot » et « tonneau ». Sans oublier « cheval », du celte caballos, et « char » (ainsi que son dérivé carrosserie), issu de carros et devenu car en Angleterre par le truchement du normand.

Plus encore que des mots, ce sont des traits de caractère que leurs ancêtres celtes ont – si l’on en croit la légende – transmis aux Français. Notamment le goût pour les querelles picrocholines, ainsi que le fameux « esprit gaulois », fait de gaieté franche et un peu leste. D’où le terme « gauloiserie » pour désigner un propos licencieux ou grivois. On n’a pas oublié que, longtemps, pendant tout le XXe siècle, la Gauloise a été la cigarette préférée des Français.

Mais si ceux-ci tirent fierté de leurs racines celtiques, fierté qu’ils ont essayé d’inculquer aux enfants des pays qu’ils ont colonisés (le fameux « Nos ancêtres les Gaulois »), ils revendiquent tout autant leurs liens de filiation avec les Francs. Feignant d’oublier que ces derniers étaient de proches parents de leurs ennemis historiques allemands et qu’ils avaient pour berceau le territoire actuel des Pays-Bas. Mais cela, c’est une autre histoire !


Article publié dans le numéro de janvier 2024 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

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