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Emmanuelle Bayamack-Tam : métamorphoses au phalanstère

Farah, quatorze ans, vit avec ses parents dans une communauté libertaire du sud de la France. Roman d’apprentissage drôle et transgressif sur les utopies contemporaines, Arcadie a été récompensé en 2019 par le prix du Livre Inter et vient de paraître aux Etats-Unis.
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Emmanuelle Bayamack-Tam. © Joël Saget/AFP

Dans la mythologie grecque, l’Arcadie est la patrie de Pan, le dieu à cornes et pattes de bouc, protecteur des bergers et des troupeaux. Dans le roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, Arcady est un gourou à la libido débridée qui a une curieuse façon de protéger ses ouailles. A Liberty House, un vert paradis situé dans une zone blanche – non exposée aux ondes électromagnétiques générées par les antennes-relais, les téléphones portables, le Wi-Fi, etc. – il règne sur une communauté composée d’« électrosensibles », de « dépigmentés », « de « polytoxicomanes », de « cancéreux » et de « déments séniles » qui s’ébattent joyeusement sans se soucier de a pudeur et des tabous. C’est là que vit Farah, une adolescente de quatorze ans, avec ses parents, Bichette et Marqui, et sa grand-mère, Kirsten, une ancienne mannequin lesbienne qui exhibe à tout-va son « anatomie osseuse et boucanée ».

Complexée par un physique massif et ingrat, Farah est éperdument amoureuse d’Arcady qui, même s’il est en couple avec un homme, Victor, a eu des relations sexuelles avec presque tous les sociétaires du phalanstère. La veille de ses quinze ans, Farah, à qui Arcady a promis de l’aider à perdre sa virginité quand elle aurait ses règles, découvre dans le cabinet d’une gynécologue qu’elle n’a pas d’utérus et développe des caractères sexuels secondaires masculins. « Qui je suis, moi ? » se demande le vilain petit canard, qui voit soudain s’effondrer sa seule certitude.

Avec un humour mordant, Emmanuelle Bayamack-Tam suit les métamorphoses de sa narratrice intersexe, tiraillée entre sa peur de l’apocalypse et son désir de découvrir le vaste monde. Rassurant cocon pour ses sociétaires, Liberty House (hommage à Hauteville House, la maison de Victor Hugo sur l’île de Guernesey) est une micro-société confrontée à des questionnements très contemporains : l’identité sexuelle, le rapport à la nature, l’angoisse de l’effondrement, la crise climatique et l’accueil des migrants.

Née à Marseille, enseignante en banlieue parisienne, Emmanuelle Bayamack-Tam alterne des livres signés de son nom et des romans noirs écrits sous le pseudonyme de Rebecca Lighieri. On retrouve dans Arcadie, roman palimpseste truffé de citations cachées, son style ébouriffant et ses thèmes de prédilection : l’adolescence, les familles dysfonctionnelles, la perte de l’innocence. Avec cette fable cruelle et transgressive sur le revers des utopies, elle s’affirme comme l’une des autrices les plus originales du paysage littéraire français.

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Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam, Editions P.O.L, 2018. 448 pages, 19 euros.


Article publié dans le numéro de juin 2021 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

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