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Itinérance musicale dans La Nouvelle-Orléans post-Katrina

Bernard Hermann en passant par William Claxton et George Dureau, on ne compte plus les preneurs d’images qui ont un jour posé leurs valises dans la ville métissée pour documenter l’exubérance et la violence de ses rues, de ses fêtes, de sa musique. « Je pensais que c’était cliché de traiter la ville sous l’angle du jazz », se souvient Alexis Pazoumian. « Mais une fois sur place, je me suis rendu compte que c’était inévitable. La musique est omniprésente à La Nouvelle-Orléans ; elle accompagne la vie, l’éducation, les traditions, la religion et la mort. »

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© Alexis Pazoumian

Membre de l’agence Hans Lucas, Alexis Pazoumian arrive à La Nouvelle-Orléans en août 2015. Il y passera trois mois, en deux voyages. La série télévisée Treme sur la reconstruction de la ville après Katrina oriente le photographe dans son reportage. « Je regardais un épisode le soir et rencontrais les figurants en me promenant dans la rue le lendemain. » Au fil de ses déambulations, il se lie d’amitié avec le tromboniste Stephen James Walker qui l’aide à s’immiscer dans le milieu très fermé des musiciens de La Nouvelle-Orléans. Grâce à lui, il rencontre Chuck Badie, l’ancien contrebassiste de Fats Domino, et assiste à un jazz funeral, un cortège funéraire au rythme des percussions.

Scènes de rue et portraits de musiciens

Récit en itinérance, Faubourg Tremé observe l’importance de la musique dans les différentes facettes de la vie afro-américaine. Berceau du jazz aux Etats-Unis, le quartier de Tremé tient lieu d’introduction et donne son nom à l’ouvrage. Scènes de rue et portraits de musiciens plantent le décor. Puis les plans défilent en couleur, des tirages argentiques triés avec soin. Ici, la fanfare du lycée privé St. Augustine High School se prépare au défilé de Mardi Gras. Là, un groupe de jazzmen pose dans Musicians’ Village, un quartier reconstruit par l’ONG Habitat for Humanity pour inciter les musiciens chassés par Katrina à revenir à La Nouvelle-Orléans.

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© Alexis Pazoumian

Des musiciens de jazz, on passe aux « Indiens de Mardi Gras », les fameux Big Chiefs, une vieille tradition de La Nouvelle-Orléans qui rend hommage aux esclaves en fuite accueillis par les tribus natives de la région. Puis à l’église Mt. Zion Baptist Church, où le photographe a assisté à l’office chaque dimanche pendant trois mois. Accompagné d’enregistrements sonores — une messe gospel, les chants de Mardi Gras ou la fanfare qui accompagne un enterrement —, chaque chapitre plonge le lecteur dans l’atmosphère de la ville.

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© Alexis Pazoumian

Dix ans après Katrina, les traces des inondations ont disparu, mais les stigmates restent visibles. « Obligés d’abandonner leur maison, poussés à faire le deuil de leurs proches et de reconstruire une ville sinistrée, tous les gens que j’ai rencontrés ont été influencés par l’ouragan », témoigne Alexis Pazoumian. « Les résidents de La Nouvelle-Orléans ont énormément souffert mais font preuve d’une grande ténacité. La musique a aidé la ville à se reconstruire. »

« Faubourg Tremé » d’Alexis Pazoumian. André Frère Editions, 120 pages. En français et en anglais. En ligne le 12 octobre et en librairie le 10 novembre. 37 euros.

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