The Brief

Une table pour les passionnés de foot et de design à la française

Souvenir rétro des années lycée pour les uns, objet de collection ou instrument de compétition pour les autres, le babyfoot made in France fait fureur. Installé à côté de Paris depuis près d’un siècle, le leader français Bonzini exporte ses tables jusqu’aux Etats-Unis, où la French touch gagne du terrain. Un modèle a même fait une apparition dans une publicité diffusée lors du Super Bowl il y a quelques années ! Entretien avec Ingrid Bergaglia, qui a succédé à son père à la tête de l’entreprise familiale en 2017.
Quelques-uns des modèles de Bonzini : à deux barres pour les espaces réduits, long de trois mètres pour quatre joueurs de chaque côté et l’emblématique B90. © Fred Dumur/Bonzini

France-Amérique : Bonzini s’apprête à fêter son 100e anniversaire. Comment la maison est-elle née ?

Ingrid Bergaglia : A sa fondation en 1927, l’entreprise faisait de la menuiserie industrielle et de la mécanique de précision : des pièces pour l’industrie automobile et aéronautique, mais aussi des jeux et des appareils automatiques, comme le Bussophone, qui est l’ancêtre du juke-box. Nos premiers babyfoots sont apparus au milieu des années 1930 : c’est à cette époque que mon grand-père Raymond Bergaglia est arrivé de Nice pour aider son oncle, Joseph Bonzini.

La fin des années 1950 voit la naissance de votre modèle le plus emblématique, celui qu’évoque Laurent Voulzy dans « Rockollection » lorsqu’il chante « Au café de ma banlieue t’as vu la bande à Jimmy/Ça frime pas mal, ça roule autour du baby ».

C’est le B60, créé par mon grand-père. Avec sa caisse en hêtre naturel, ses quatre pieds noirs, ses rampes rouges, son tapis vert et ses équipes rouge et bleu, c’est le babyfoot qui vit dans l’imaginaire collectif. Lancé en 1959, il équipait 95 % des quelque 200 000 cafés qui existaient alors en France ! Mais le marché des cafés s’est effondré – on en compte à peine 40 000 aujourd’hui – et l’espace occupé par le babyfoot a été réquisitionné pour laisser davantage de place aux consommateurs. La pratique du babyfoot s’est alors déplacée et mon père a créé le B90 pour accompagner ce virage. Sans monnayeur, avec les mêmes qualités et finitions que le B60, il est très prisé des particuliers et des collectivités. On le retrouve dans les collèges, les lycées, les centres sociaux et même les hôpitaux, qui étaient soucieux d’offrir à leurs employés un moment de convivialité pendant la pandémie.

Ingrid Bergaglia a succédé à son père à la tête de l’entreprise familiale en 2017. © Fred Dumur/Bonzini
Un babyfoot Bonzini au château de Vincennes, en 2016. © Fred Dumur/Bonzini

Quelle relation avez-vous au babyfoot ? Etes-vous une joueuse passionnée ?

Je suis avant tout attachée à l’objet, à la culture qui l’entoure et à son ancrage dans ma famille. J’ai pas mal joué par le passé, moins maintenant. Par contre, j’assiste aux grandes compétitions. C’est intéressant de voir la place croissante que prend le babyfoot en tant que discipline sportive, même s’il n’est pas encore reconnu officiellement en France. La Fédération française de football de table a commencé en 1991, et l’International Table Soccer Federation en 2002. Lors des rencontres internationales, les joueurs choisissent la table sur laquelle ils vont jouer parmi cinq modèles officiels, dont Bonzini, deux tables italiennes, une table allemande et une table américaine. Il n’est pas rare que des joueurs étrangers – danois, allemands ou américains – sélectionnent notre marque !

Votre ancien revendeur américain, Alan Cribbs, était lui-même champion de babyfoot…

Tout à fait. Il participait avec l’équipe américaine à la Coupe du monde Bonzini à Nantes, en mai 1998, lorsque mon père a fait sa connaissance. Alan Cribbs déplorait la qualité des babyfoots que l’on trouvait alors aux Etats-Unis et a négocié un contrat de distribution exclusive pour importer nos tables. Il a vendu son activité en 2019, et c’est maintenant William Mitchell Jr. qui dirige Bonzini U.S.A.

Qui sont vos clients aux Etats-Unis ?

La culture du soccer est moins présente qu’en Europe, mais nous vendons tout de même une centaine de babyfoots par an aux Etats-Unis, contre environ 130 au Royaume-Uni, notre premier marché à l’export. Nos clients américains sont autant des amoureux de design à la française, qui recherchent un meuble élégant qui va durer dans le temps, que des joueurs de compétition, qui apprécient la qualité de nos tables et le style de jeu français. Bonzini sponsorise d’ailleurs plusieurs tournois locaux, comme l’Open de Caroline du Nord ou le Championnat de babyfoot de Virginie. Post-Covid, notre développement outre-Atlantique progresse très bien ! Nous expédions un containeur de 30 babyfoots tous les trois ou quatre mois.

Un modèle B90 habillé de cuir par les selliers Domeau & Pérès. © Fred Dumur/Bonzini

Vous installez aussi de nombreux babyfoots dans les entreprises et les espaces publics, en France comme aux Etats-Unis…

Les marques font souvent appel à nous pour proposer un espace d’échanges dans leurs bureaux, et ainsi resserrer le lien social perdu pendant la pandémie, ou pour se doter d’un modèle personnalisé. Nous avons travaillé avec Cartier, Dior, Louis Vuitton, Perrier ou Taittinger, le champagne officiel de la Coupe du monde. En partenariat avec Berluti, notre atelier de Bagnolet, à l’est de Paris, a développé un babyfoot gainé de cuir ! Il y a quelques années, 70 tables Bonzini ont été mises à la disposition des voyageurs dans les gares françaises, et lorsque la France a accueilli l’Euro de football en 2016, nous avons collaboré avec le Centre des monument nationaux pour mettre en avant le sport et le patrimoine en installant nos babyfoots au château de Vincennes, à l’abbaye de Cluny ou à la cité médiévale de Carcassonne. Nos tables équipent aussi les hôtels de la marque française Mama Shelter, qui est présente à Los Angeles depuis 2015, mais aussi les salles d’arcade américaines Punch Bowl Social, les campings Huttopia en Californie, dans l’Etat de New York, dans le Maine et dans le New Hampshire, et de nombreux bars et cafés à travers le pays.

Comment votre gamme a-t-elle évolué avec le temps ?

A l’occasion de la Coupe du monde en 1998, qui se tenait en France, nous avons conçu un modèle géant pouvant accueillir jusqu’à onze joueurs de chaque côté – comme une véritable équipe de foot ! La même année, sont apparus les premiers joueurs à la peau noire ou brune. Et en 2006, les premières joueuses, puisque le babyfoot est un sport qui est aussi pratiqué par des femmes ! Depuis, lorsque vous passez commande, les deux équipes sont entièrement personnalisables. Nous continuons de proposer des produits 100 % français, mais nos tables suivent les évolutions de la société.


Entretien publié dans le numéro de décembre 2023 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

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