Culture

La perle des lecteurs anglophones de Paris

Sous les élégantes arcades de la rue de Rivoli, la librairie Galignani – the first English bookshop established on the continent, comme le précise la devanture – accueille les lecteurs anglophones depuis 1856. Idéalement située entre un salon de thé centenaire et un palace connu pour avoir accueilli les monarques de passage à Paris, Galignani conjugue le raffinement aux plaisirs de l’esprit et nous convie à un voyage suspendu dans le temps.
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La devanture de la librairie Galignani, sous les arcades de la rue de Rivoli à Paris. © Librairie Galignani

La passion des livres coule dans les veines de la famille Galignani depuis au moins cinq siècles. La trace la plus ancienne de cet atavisme remonte à 1520, date de l’édition à Venise d’une grammaire latine par un certain Simone Galignani. Mais le fondateur de la libraire actuelle s’appelle Giovanni Antonio Galignani. Le vénérable ancêtre – dont le buste est visible dans la section beaux-arts – quitte son Italie natale à la fin du XVIIIe siècle pour s’installer à Londres puis à Paris, où il ouvre en 1801, avec l’aide de sa femme britannique et de son beau-père imprimeur, un cabinet de lecture. L’établissement, situé au 18 de la rue Vivienne, est consacré aux écrits en langue anglaise. On y trouve à la fois des périodiques et des ouvrages à succès réédités sur place par la famille Galignani.

La communauté anglophone à Paris est très réduite sous le Premier Empire. C’est peut-être la raison pour laquelle le clan a l’idée de faire paraître, à partir de 1814, un journal qui s’imposera comme une référence sur tout le continent : le Galignani’s Messenger. A la mort de Giovanni Antonio, ses fils poursuivent sur sa voie. Le Messenger devient un quotidien et, avec le soutien des annonceurs, ne cesse de s’étoffer. Grâce au télégraphe, il tient informés de l’actualité londonienne les voyageurs en transit à Paris ainsi que la communauté anglaise disséminée en Europe, sans oublier le petit cercle des Français anglophiles. Des bureaux d’information sont bientôt ouverts à Nice, Londres et New York en vue de mieux renseigner hommes d’affaires et lettrés qui constituent le cœur des abonnés.

En 1856, les frères Galignani s’installent au 224 de la rue de Rivoli, adresse actuelle de l’enseigne. Leur luxueux club de lecture réunit une clientèle cosmopolite aussi exigeante que raffinée. En 1882, le fils de Giovanni Antonio confie les clefs de la maison à son neveu, Charles Jeancourt-Galignani. Le Messenger publie son dernier numéro en 1895 et la maison d’édition cesse ses activités au début du XXe siècle, mais la librairie en revanche prospère. L’occupation allemande rendant impossible le commerce avec les éditeurs anglais, André Jeancourt-Galignani, fils de Charles, se tourne vers la vente de livres en français et inaugure un rayon de livres d’art qui connaît très vite un immense succès.

Production française, beaux livres et ouvrages en anglais et américain

Partons à la découverte des trois départements de la librairie, dédiés respectivement aux livres en français, aux beaux-arts et aux livres en langue anglaise. Tout commence, après avoir poussé la porte, avec le rayon histoire. « Le bon historien », a écrit Fénelon, « n’est d’aucun temps ni d’aucun pays ». La libraire Katia Wisniewski illustre la justesse de cette citation en soulignant la diversité des auteurs présents sur les rayonnages : de tous les siècles, de toutes les écoles et originaires des quatre coins du monde. « Et il est possible que nous rassemblions prochainement livres en français et ouvrages anglophones pour créer davantage de passerelles entre les sujets », précise-t-elle.

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Le rayon beaux-arts de la librairie, avec ses volumes sur la mode, la photographie, la peinture et les arts décoratifs. © Librairie Galignani
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Danielle Cillien-Sabatier, directrice générale de la librairie depuis 2009. © Librairie Galignani

Jules Michelet, notamment dans les pages de son Histoire de la Révolution française, a démontré qu’on pouvait être historien et littérateur. Aussi n’est-on pas surpris que le rayon histoire se prolonge avec les belles lettres, domaine sur lequel veille Valérie Chardon. Un coup d’œil alentour suffit à nous rappeler qu’on célèbre cette année le centenaire de la mort de Marcel Proust. Du Dictionnaire des personnages d’A la Recherche du temps perdu (608 pages à lui seul) aux Soixante-quinze feuillets (des manuscrits inédits, publiés il y a un an, qui éclairent la genèse de ce grand roman), sans oublier la biographie de Céleste Albaret, la fidèle servante et secrétaire de l’écrivain, l’année 2022 sera proustienne ou ne sera pas !

Un peu plus loin, Daniel Mitchell s’affaire dans la section beaux-arts. La mode, la photographie, la peinture et les arts décoratifs n’ont pas de secret pour lui. Pourtant, là non plus les ouvrages ne manquent pas : la partie dévolue à la joaillerie compte à elle seule plus de 500 références venues des Etats-Unis, d’Angleterre, d’Italie ou de France. Et si l’ouvrage que vous cherchez est épuisé, on vous propose d’en trouver un exemplaire sur le marché de l’occasion et des livres rares. On comprend, dans ces conditions, pourquoi Karl Lagerfeld, lecteur en trois langues et érudit parmi tous, avait fait de Galignani sa librairie de prédilection.

Nous passons ensuite du côté du département des livres en anglais. Le visage d’Anne Perrier, responsable du rayon consacré à la littérature, s’éclaire à la perspective de la parution à l’automne prochain de deux nouveaux romans de Cormac McCarthy. Et ce n’est pas tout : « The Last Chairlift, quinzième livre de John Irving, est attendu pour octobre ! » La nouvelle est accueillie avec la même allégresse par Christian Rutherford, authentique Britannique, spécialiste de la littérature et de la poésie anglaises, et par Nicolas Fouint, référent dans les domaines de l’histoire et des têtes couronnées. Au fond du magasin, au-delà des titres consacrés à l’actualité, à la finance, à l’économie et à l’écologie, Margot Barbe règne sur le rayon jeunesse. Au courant de tout ce qui se dit sur TikTok, elle est incollable sur les dernières recommandations de lecture qui circulent parmi les adolescents et les jeunes adultes. En tête de gondole, on reconnaît It Ends with Us de Colleen Hoover, l’incontournable The Invisible Life of Addie LaRue de l’Américaine V.E. Schwab ou encore The Seven Husbands of Evelyn Hugo de Taylor Jenkins Reid, écoulé ici à plus de 500 exemplaires.

Epaulée par une douzaine d’employés, la directrice générale Danielle Cillien-Sabatier continue d’écrire avec la famille Jeancourt-Galignani l’histoire de la librairie, qui a fêté l’année dernière le 220e anniversaire de la fondation de son cabinet de lecture. Les années se sont écoulées mais le profil des habitués reste inchangé : des curieux et des esthètes. Et comme on sait, il n’existe aucune frontière dans ce domaine !

 

Article publié dans le numéro de mai 2022 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

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