The Wordsmith

Bêtises de Cambrai et coup de Jarnac

Nombre de villes françaises ont acquis leur notoriété grâce à une spécialité gastronomique ou un produit d’usage courant. D’autres doivent leur célébrité à un événement particulier. Petit tour de France, de Vire à Aix-en-Provence.
© Sylvie Serprix

« Tonnerre de Brest ! » Popularisée par le capitaine Haddock, personnage clé de la série de bandes dessinées Les Aventures de Tintin, cette expression n’a pas peu contribué à la célébrité de la cité portuaire du Finistère. Le dessinateur Hergé n’a pourtant rien inventé. Selon toute vraisemblance, l’expression trouve son origine dans un événement climatique, un orage exceptionnel, survenu en Bretagne en 1718. Autre fameuse expression liée à une ville, le « coup de Jarnac », du nom de la commune de la Charente qui, faut-il le rappeler, a vu naître François Mitterrand. Dans le langage populaire, elle est synonyme de traîtrise, de félonie. A l’origine, cependant, il s’agit un coup d’épée habile et efficace exécuté par un aristocrate de la ville lors d’un duel judiciaire.

« Ça va faire du bruit dans Landerneau ! » Une expression couramment utilisée pour évoquer un événement qui risque de faire parler de lui. Elle vient d’une pièce du Breton Alexandre Duval, dramaturge de la fin du XVIIIe siècle, dans laquelle une veuve de cette ville du Finistère se remarie un peu trop rapidement au goût de ses concitoyens. Au XIXe siècle, Epinal, chef-lieu des Vosges, était connu pour son imprimerie d’où sortaient des images aux couleurs vives glorifiant le passé français. Comme elles décrivaient une réalité embellie, voire tronquée, l’expression « image d’Epinal » est devenue synonyme de naïveté.

Force toutefois est de constater que c’est surtout par des spécialités culinaires que nombre de cités françaises ont acquis leur notoriété. Ce sont parfois des confiseries, tels les calissons d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), les bêtises de Cambrai (Nord), les grisettes de Montpellier (Hérault), les violettes de Toulouse (Haute-Garonne), les madeleines de Commercy et les dragées de Verdun (Meuse), l’anis de Flavigny (Côte-d’Or), le nougat de Montélimar (Drôme), les bergamotes de Nancy (Meurthe-et-Moselle), les pastilles de Vichy (Allier), les galettes de Pont-Aven (Finistère) ou encore les biscuits roses de Reims (Marne).

Du nord au sud et d’est en ouest, une multitude de cités rivalisent ainsi dans l’art de la friandise. D’autres tirent leur renommée d’une production charcutière : le jambon de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) et de Paris, les rillettes du Mans (Sarthe), l’andouille de Vire (Calvados), les andouillette de Troyes (Aube), les quenelles et la rosette de Lyon (Rhône), les saucisses de Toulouse (Haute-Garonne), mais aussi de Montbéliard et de Morteau (Doubs, dans les deux cas).

Au menu également, des fruits : pruneaux d’Agen (Lot-et-Garonne), melon de Cavaillon (Vaucluse), noix de Grenoble (Isère) ; des épices et des condiments : sel de Guérande (Loire-Atlantique), moutarde de Dijon (Côte-d’Or), piment de Cayenne (Guyane) et d’Espelette (Pyrénées-Atlantiques). Nombreux aussi sont les cas où des préparations culinaires portent des noms de régions ou de cités : choucroute alsacienne, fondues bourguignonne ou savoyarde, bouillabaisse de Marseille, quiche lorraine, gratin dauphinois, bœuf bourguignon, salade niçoise, cassoulet de Carcassonne, de Castelnaudary ou de Toulouse, tripes à la mode de Caen.

Ne dit-on pas de la France qu’elle est le pays du vin et du fromage ? Très souvent, ces produits portent des noms de villes ou de terroirs traditionnels : bordeaux, bourgogne, alsace, beaujolais, champagne, entre autres, pour les fruits de la vigne, auxquels s’ajoutent les spiritueux : cognac, armagnac, calvados. Pour ce qui est des fromages, on peut citer le comté, le cantal, le roquefort, le livarot, le pont-l’évêque, le morbier, le maroilles et les divers bries (de Meaux, de Melun…). Autant de dénominations qui entrent dans la catégorie des métonymies, cette figure de style qui consiste ici à désigner un produit par son lieu d’origine.

Sur une carte économique de la France, certaines villes se distinguent également par la production d’objets spécifiques : Thiers (Puy-de-Dôme) et Laguiole (Aveyron) pour les couteaux, Saint-Claude et Morez (Jura) respectivement pour les pipes et les lunettes, Limoges (Haute-Vienne) pour la porcelaine, Moustiers-Sainte-Marie (Alpes-de-Haute-Provence) pour la faïence, Romans-sur-Isère (Drôme) pour les chaussures, Cholet (Maine-et-Loire) pour les mouchoirs ou Aubusson (Creuse) pour les tapisseries. Sans oublier Cherbourg (Manche) et ses parapluies rendus célèbres par le film de Jacques Demy. D’autres villes encore ont développé un savoir particulier. Lyon est réputée être la capitale de la soie, Besançon (Doubs) celle de l’horlogerie et Grasse (Alpes-Maritimes) celle du parfum.

Un phénomène plus récent, les festivals, met d’autres localités en vedette : Avignon (Vaucluse) grâce au théâtre, Angoulême (Charente) à la bande dessinée, Arles (Bouches-du-Rhône) à la photographie et Belfort (Territoire de Belfort), Bourges (Cher), Carhaix (Finistère), Clisson (Loire-Atlantique) ou encore La Rochelle (Charente-Maritime) avec la musique. Cannes (Alpes-Maritimes) est devenu le rendez-vous du cinéma international et Deauville (Calvados) celui du film américain. Blois (Loir-et-Cher) s’est spécialisé dans l’histoire, tandis que Saint-Dié-des-Vosges est désormais un haut lieu international de la géographie.

On se souvient du mot de Charles de Gaulle : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? » Le premier président de la Cinquième République française aurait pu compléter sa formule par les vins, les saucisses, les confiseries et les festivals !


Article publié dans le numéro de mars 2023 de France-AmériqueS’abonner au magazine.

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