Book Review

Nathacha Appanah : entre les murs

Dans un court roman en forme de conte récemment traduit en anglais, l’autrice et journaliste originaire de l’île Maurice revisite le passé d’une mère et de ses deux enfants dont le plus jeune, Loup, est incarcéré dans une maison d’arrêt pour mineurs. Un texte puissant sur la reproduction de la violence et l’envie d’échapper au déterminisme.
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© Francesca Mantovani

Il est des poèmes qui, à force d’avoir été récités à l’école, sont usés comme des vêtements trop portés. C’est le cas du « Ciel est par-dessus le toit », écrit par Paul Verlaine en 1873 alors qu’il était en prison pour avoir tiré sur son amant, Arthur Rimbaud. Dans le roman presque homonyme de Nathacha Appanah, Loup, un garçon de 17 ans au prénom d’animal est incarcéré dans une maison d’arrêt pour mineurs pour avoir conduit sans permis et manqué de provoquer un grave accident. Assailli régulièrement par des crises d’angoisse, l’adolescent a grandi avec sa mère, Phénix, et sa sœur, Paloma, qui a quitté la maison dix ans plus tôt.

Dans une autre vie, Phénix a été Eliette, une petite fille que ses parents maquillaient comme une poupée de porcelaine et exhibaient sur des scènes en la forçant à chanter devant des adultes. Un jour, un homme à l’haleine voilée de menthe et de tabac froid a mis sa langue dans sa bouche et tout a basculé. Des années plus tard, la petite fille sage est devenue une femme à la chevelure rousse et au corps tatoué d’un immense dragon. Une mère célibataire qui sent la sueur, le métal et le jasmin et gagne sa vie en vendant des pièces détachées d’automobiles.

« Il était une fois un pays qui avait construit des prisons pour enfants parce qu’il n’avait pas trouvé mieux que l’empêchement, l’éloignement, la privation, la restriction, l’enfermement et un tas de choses qui n’existent qu’entre les murs pour essayer de faire de ces enfants-là des adultes honnêtes, c’est à dire des gens qui filent droit », écrit Nathacha Appanah en ouverture. Dans un tel pays, quelle place pour les rebelles, les trop sensibles, les accidentés, les intranquilles ?

Semant comme des cailloux blancs des allusions au poème de Verlaine, la romancière interroge le déterminisme, la reproduction des mécanismes de la violence à l’intérieur des familles, la difficulté d’échapper à la tragédie. Un conte sombre qui laisse une lucarne entrouverte sur un coin de ciel, « si bleu, si calme », pour peu qu’on sache où regarder.

Le Ciel par-dessus le toit de Nathacha Appanah, Gallimard, 2019. 128 pages, 14 euros.


Article publié dans le numéro de mai 2023 de France-Amérique. S’abonner au magazine.