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Quand Simone de Beauvoir écrivait pour France-Amérique

Entre le 23 février et le 29 juin 1947, Simone de Beauvoir a signé quatre articles inédits dans France-Amérique, rédigés pendant son premier séjour aux Etats-Unis. Elle y parle de la place de la littérature féminine en France, de la poésie du Far West et de l’existentialisme, qu’elle tente de présenter aux lecteurs américains.
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Simone de Beauvoir au café Les Deux Magots à Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1944. © Robert Doisneau/Gamma-Rapho

Intitulés « Problèmes de la littérature féminine » et « Femmes de lettres », les deux premiers textes de Simone de Beauvoir pour France-Amérique pointent la trop grande timidité des écrivaines françaises de sa génération, dont l’œuvre est encore, selon elle, trop centrée sur la recherche du bonheur et les sujets intimes. Saluant l’audace de l’écrivaine féministe Violette Leduc, qui tente dans L’Asphyxie de « délivrer une sensualité authentique », elle enjoint les femmes à s’aventurer plus loin pour « exprimer des vérités universelles ».

Paru en deux temps, les 11 et 18 mai, « Poésie et vérité du Far West » est un reportage littéraire sur la Californie, « une terre de légende qui, comme toute terre de légende, appartient au passé de l’humanité toute entière et à ses rêves ». Aux studios hollywoodiens, qu’elle juge tristes et froids, elle préfère les grandes étendues du Far West, qu’elle confronte à la légende, à « l’image poétique qu’ont déposée en nous les films de cow-boys et les souvenirs de Buffalo Bill ». Visitant la vallée de la Mort, où Erich von Stroheim a tourné son film Greed, elle est saisie par le poids de l’histoire dans ces paysages où se confondent passé et présent, où surgissent derrière les motels et les restaurants, les fantômes des pionniers de la ruée vers l’or.

« Il faudrait écrire tout un livre », résume Simone de Beauvoir, faute de pouvoir détailler tout ce qui l’a fascinée en Californie : la majesté des Rocheuses, les vieilles maisons espagnoles de Monterey sur la côte Pacifique, « les coquilles d’abalones qu’on vend pour cinq cents sur le port de San Francisco ».

Paru après son retour en France, « Qu’est-ce que l’existentialisme ? » répond aux nombreuses demandes d’interlocuteurs français et américains souhaitant comprendre « en deux mots », l’existentialisme. « Il postule la valeur de l’individu en tant que source et raison d’être de toutes significations et de toutes valeurs, mais il admet que l’individu n’a de réalité que par son enga-gement dans le monde », écrit-elle après avoir mis en garde ses lecteurs contre la vulgarisation des théories philosophiques et scientifiques.


Article publié dans le numéro de mars 2020 de France-AmériqueS’abonner au magazine.