Objet culte : la malle à pique-nique Goyard

Pour s’abandonner à la décontraction d’un déjeuner chic sur l’herbe sans renoncer à son standing, rien de tel que la malle à pique-nique traditionnelle en osier du confidentiel malletier parisien : la maison Goyard. Sa structure de bois marouflé de goyardine et encasé d’osier, son couvercle doublé de cuir naturel, ses deux plateaux et ses sangles de fermeture de cuir sont conçus sur mesure depuis 1853 dans les ateliers de la Maison.

Rituel estival immortalisé par le peintre Édouard Manet en 1863, le pique-nique est une tradition bien française. Le terme lui-même—une contraction de l’expression « piquer (c’est-à-dire picorer) des niques (des choses de peu de valeur) »—fait son apparition dans la langue française au XIIIe siècle. Au Moyen-Age, l’aristocratie française le pratique de façon frugale à la chasse ou en voyage, mais le pique-nique ne gagne ses lettres de noblesse qu’au XVIIIe siècle. Il devient alors un rituel mondain sophistiqué où plats élaborés, élégance des mises et conversations de haut vol se mêlent.

Depuis sa création en 1853, la Maison Goyard revendique cette variation agreste de l’art de vivre à la française. Les Maisons Morel et Martin, dont Goyard est l’héritier et le successeur, étaient originellement des layetiers-emballeurs, dont le métier consistait à concevoir des malles solides et à y emballer objets précieux, habits, vaisselle et œuvres d’art. Les « paniers garnis » à pique-nique étaient aussi une spécialité de la Maison et sous l’impulsion successive de François et Edmond Goyard, les ateliers Goyard rivalisèrent d’ingéniosité tout au long du XIXe siècle pour réaliser une large gamme d’articles innovants dédiés au plaisir des déjeuners champêtres.

Le panier en osier

Avec l’essor de l’automobile au début du XXe siècle, la tendance est aux malles, paniers et nécessaires à pique-nique ergonomiques, s’adaptant aux spécificités de chaque coffre et à l’esthétique de chaque véhicule. Synonymes d’évasion, de nomadisme chic et d’aventure, ces cantines de luxe miniature se déclinent sous toutes les formes et pour tous les usages : malle à caviar, malle cave à vins, malle à champagne, à martini, malle à porcelaine ou argenterie, nécessaire à thé ou café, protège-bouteilles de vannerie fine etc., suscitant la passion renouvelée des collectionneurs et des griffes de haute couture.

Mais l’objet culte de la maison Goyard associé à ce rituel est à la fois le plus ancien et le plus sobre : une simple malle à pique-nique en osier tressé de forme rectangulaire, avec plusieurs compartiments, livrée avec ses assiettes en porcelaine, ses verres en cristal et ses nappes de lin brodées. La malle est fabriquée à la main dans les ateliers de Goyard à Carcassonne, dans le sud de la France. « Les gestes de fabrication sont inchangés depuis le XIXe siècle », précise Jérôme Fressac, représentant de la marque. « Chaque commande est réalisée sur mesure comme pour une robe haute couture et sera signée de la main de l’artisan, comme un peintre signe sa toile : avec la date d’achèvement, suivie des initiales de l’artisan. »

Il existe des modèles plus contemporains en bois, recouverts de goyardine (imprimé emblématique de l’enseigne), plus sophistiqués. La malle de pique-nique transformable de Goyard, réalisée dans les années trente, a ainsi été rééditée au début des années 2000 à la demande de Karl Lagerfeld, le directeur artistique de Chanel. En toile enduite et cuir, elle contient aussi tout le nécessaire à pique-nique en porcelaine. Idéale pour une pause bucolique en bord de Seine. Si les prix sont exclusivement sur demande, compter tout de même 6 900 euros et six mois d’attente pour le panier basique en osier.

Il vous faudra passer commande auprès du comptoir historique parisien du 233, rue Saint-Honoré, mais vous pourrez toujours tuer le temps en visitant le flagship new-yorkais de la maison, inauguré l’été dernier dans l’Upper East Side, sur la 63e Rue, à quelques encablures de Madison Avenue. La marque possède aussi de nombreux comptoirs et corners aux États-Unis, chez Barney’s et Bergdorf Goodman à New York, chez Neiman Marcus à Los Angeles, dans le quartier de Beverly Hills, mais aussi à San Francisco, Boston, Chicago ou encore Miami, en Floride.

Maison Goyard – Flagship, New York
20, East 63rd Street, New York NY 10065
+ 1 (212) 813-0005

Maison Goyard – Flagship, Paris
33 Rue Saint Honoré, 75001 Paris
+ 33 (0)1 42 605 704

Article publié dans le numéro de mai 2016 de France-Amérique.

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