French Connection

A Hawaï, les Français du bout du monde

Au milieu de l’océan Pacifique, quelque 3 000 Français ont élu résidence sur l’archipel américain d’Hawaï. Ils y vivent au rythme de l’océan et du tourisme – un secteur en reprise après la crise du Covid et un an et demi de disette.
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La plage de Waikiki, le quartier d’Honolulu où se concentrent grands hôtels, résidences touristiques et centres commerciaux de luxe. © Maridav

Des plages de rêve et des fonds sous-marins luxuriants. Des volcans et des forêts tropicales. Des cascades et des déserts. Que l’on vienne d’Europe ou des Etats-Unis, difficile de trouver plus dépaysant qu’Hawaï. Cet archipel de quelque 130 îles, dont sept seulement sont habitées, constitue depuis 1959 le cinquantième Etat américain – et le seul à être séparé du continent, 4 000 kilomètres à l’ouest des côtes californiennes. C’est aussi l’un des plus divers : les 1,44 million d’habitants sont issus de Polynésie, d’Asie, d’Amérique, d’Europe et, pour une petite partie, de France. « On estime la population française d’Hawaï à environ 3 000 personnes, dont 750 enregistrées auprès de nos services », indique Guillaume Maman, consul honoraire de France dans l’archipel depuis 2015.

Lui est arrivé dans l’île en 1987, poussé par sa passion pour la planche à voile. « Je suis venu directement de Paris, avec 300 dollars en poche », se souvient-il. « Je pensais rester pour trois semaines de vacances et j’y suis encore 35 ans après. Ce fut la meilleure décision de ma vie ! » Après avoir travaillé pour des entreprises françaises, notamment Louis Vuitton, Guillaume Maman a monté une enseigne de maillots de bains made in Hawaii, Loco Boutique, et travaille aujourd’hui dans le conseil touristique pour la mairie d’Honolulu, la capitale de l’Etat et sa ville la plus peuplée. Tout en représentant bénévolement la France auprès de ses ressortissants et des autorités locales.

Entrepreneurs, universitaires, musiciens, retraités… Difficile de faire un portrait-robot des Français d’Hawaï, d’autant qu’ils sont éparpillés sur les différentes îles. Beaucoup travaillent dans le tourisme, de loin la principale activité économique : avant la pandémie, l’archipel recevait plus de 10 millions de visiteurs par an, dont environ 25 000 venus de France, et le secteur employait plus de 200 000 personnes. Alexandre Trancher est l’une d’entre elles. Chef du restaurant gastronomique La Mer, cet ancien de La Tour d’Argent à Paris puis à Tokyo n’avait jamais mis les pieds à Hawaï avant d’être recruté par les dirigeants du Halekulani, un hôtel cinq étoiles au bord de la mythique plage de Waikiki, le quartier d’Honolulu où se concentrent grands hôtels, centres commerciaux haut de gamme et résidences touristiques. Dix ans plus tard, marié sur place et père d’une petite fille, il ne tarit pas d’éloges sur son île d’adoption. « Hawaï m’a tellement apporté que je ne pense pas revenir en France autrement que pour des vacances », confie-t-il. « Ici, comme partout, les gens ont des problèmes, mais ils se concentrent avant tout sur les solutions – quoi qu’il arrive, on trouve toujours une solution. Et puis, même si l’on travaille beaucoup, il y a la mer et le soleil en permanence ! »

Douceur de vie

La possibilité de marier activité professionnelle et qualité de vie est aussi ce qui a séduit Chadia Chambers-Samadi, professeure de français et d’anglais à Hawaii Pacific University. « C’est ici que j’ai compris le vrai sens du mot lifestyle », confie cette Savoyarde d’origine, qui avait auparavant vécu à New York et dans l’Illinois. « Les gens prennent le temps de vivre et d’organiser leur vie autour de leurs loisirs, ce qui est un luxe aux Etats-Unis. Ici, je fais de la randonnée, du voilier et même de la pirogue polynésienne ! » Arrivée en famille il y a cinq ans, elle ne se voit pas repartir : « Mon fils adore et veut faire ses études à Hawaï. C’est ici qu’il a sa vie, ses copains et son surf…»

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Alexandre Trancher, chef du restaurant gastronomique La Mer à l'hôtel Halekulani, est arrivé à Hawaï en 2012. © Halekulani Hotel
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Josette Marsh, la présidente de l’Alliance française d'Hawaï.
Guillaume Maman, consul honoraire de France à Hawaï depuis 2015. © Benoît Georges

Croisé au bureau de vote lors du premier tour de l’élection présidentielle française (voir plus bas), Guillaume Dommergues, data analyst pour Bank of Hawaii, est arrivé sur l’île d’Oahu il y a sept ans, après avoir travaillé à Shanghai. « Ma femme est d’origine hawaïenne, c’est ce qui nous a décidé à vivre ici. » Père de deux jeunes enfants, il apprécie l’ambiance et l’état d’esprit local, « même si la vie est chère, car la majorité des produits sont importés » – une remarque qui revient souvent dans les conversations. « La communauté française est plus petite et plus éparse qu’à Shanghai. Les familles françaises que nous fréquentons, nous les avons rencontrées un peu par hasard, à la sortie de l’école ou sur la plage de Sans Souci, à Waikiki, où se retrouvent les familles. »

Cours de français en terrasse

Si la communauté française ne dispose pas d’association qui la réunisse, les Hawaiiens francophiles et francophones ont quant à eux un point d’ancrage : l’Alliance française d’Hawaï, fondée au début des années 1960. « Nous sommes une toute petite Alliance, à peine une centaine de membres, principalement des locaux passionnés par la culture et la langue françaises », explique Josette Marsh, sa présidente, qui a aussi présidé la Fédération des Alliances françaises aux Etats-Unis dans les années 2010. « Mais nous sommes très actifs et parce que nous n’avons pas de bâtiment et que nos membres sont sur différentes îles, nous avons toujours eu l’habitude de travailler à distance. Cela nous a permis de poursuivre nos activités pendant la pandémie. »

Originaire de San Francisco, elle a vécu à Hawaï pendant 22 ans et s’occupe désormais de l’Alliance locale à distance, depuis la Californie ou le Sud de la France. Outre les cours de langue et les réunions de discussion en français, sur Zoom ou à la terrasse d’un café, l’association offre des bourses à des étudiants locaux pour venir en France et organise des événements à l’occasion du beaujolais nouveau, de la Chandeleur ou du 14 Juillet, de nouveau fêté l’an dernier après une année d’interruption. « Nous avons rassemblé environ 80 personnes en 2021, au lieu de 120 environ avant la pandémie », indique Josette Marsh.

Presque totalement à l’arrêt depuis le printemps 2020, le secteur du tourisme n’a réellement redémarré qu’à la fin de 2021. « Notre restaurant est resté fermé un an et demi», déplore Alexandre Trancher. « Heureusement, le gouvernement américain a fait beaucoup pour soutenir l’emploi et le tourisme, ce qui nous a permis de repartir quasiment comme avant. » Principale différence : les touristes asiatiques, et notamment japonais, qui constituaient la majorité des visiteurs, n’ont pas recommencé à voyager, mais ont été remplacés par une nouvelle clientèle. « Les Américains et Canadiens sont de plus en plus nombreux à découvrir Hawaï et visiblement, ils adorent », constate le chef de La Mer. « Quand les Japonais reviendront, cela va être l’euphorie ! »

Jour de vote à Honolulu

Le samedi 9 avril dernier, une partie de la communauté française d’Hawaï s’est réunie pour le premier tour des élections présidentielles. Un bureau de vote – le seul de l’archipel – a été organisé dans un centre de conférences d’Honolulu, sur l’île d’Oahu. Les affiches des candidats à l’entrée, l’urne et les conversations en français donnent l’impression que l’on est dans n’importe quel village de l’Hexagone. Sur l’ensemble de la journée, 115 personnes viendront voter, en majorité (74) pour Emmanuel Macron. Une participation faible mais habituelle, selon le consul honoraire Guillaume Maman, et qui s’explique par l’éloignement de certains ressortissants : ceux des autres îles ne se déplacent généralement pas pour voter. Au second tour, deux semaines plus tard, le duel Macron-Le Pen mobilisera 151 votants – un record – dont 136 pour le président sortant.

 

Article publié dans le numéro de juin 2022 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

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